!…إغضب (colère…!)

Le film “Innocence of Muslim” (l’innocence des Musulmans) retraçant une piètre caricature de la vie du Prophète de l’islam, a été produit et réalisé par un cinéaste amateur, Sam Bacile, que la presse internationale et française ont annoncé comme un promoteur immobilier se déclarant « israélo-américain », d’origine californienne. Plusieurs démentis ont été faits mais les médias français tel l’AFP, le Nouvel Obs, Rue 89 et d’autres en France, continuent de le nommer tel quel. L’AFP déclare par exemple que « Sam Bacile », « s’affirmant israélien , avait assuré être l’auteur du film mardi (11 sept.sic!) dans une interview au Wall Street Journal. ».

Les protagonistes de la propagande :
Sam Bacile est un pseudonyme qui décrit l’islam comme un « cancer » et une religion de haine. Le pasteur néo-conservateur, Terry Jones participe à la réalisation. Morris Sadek est un blogueur américain, violemment islamophobe, d’origine égyptienne et Copte. D’autres extrémistes chrétiens comme « l’Association pour Jésus Christ » sont impliqués dans l’affaire. En fait on découvre au final que le film « innocence des Musulman » dont la bande annonce de 14 mn, visible sur Youtube, a été tourné en 2011 avec la collaboration d’un copte (chrétien d’Egypte) condamné en 2009 pour fraude bancaire, réalisé par l’Américain Alan Roberts, auteur de films pornos et est produit par Sam Bacile. L’autorisation de tournage a été donné par une organisation caritative chrétienne, au nom de Media for Christ « pour faire briller la lumière de Jésus » (son président est le Nassralla chrétien !). Une belle promotion arabe faite par des Coptes et par des chrétiens évangéliques anti-musulmans de droite, tel Morris Sadek, Egypto-américain et le très controversé prêtre, Terry Jones qui a déjà brûlé des exemplaires du Coran. Notons que ce dernier a été arrêté pour pédophilie en 2010 !

Ces trois ingrédients anti-musulmans ne doit tromper personne. Ajoutés à cela, l’annonce de l’israélité de Sam Bacile par les médias du monde, est de la pure désinformation. En effet, nous savons que Klein Steve, le consultant pour le film controversé et militant activiste renommé de l’intégrisme chrétien islamophobe, a déclaré que le réalisateur du film, n’est pas un israélien et que son nom est un pseudonyme. Cette propagande raciste a réussi son objectif : provoquer les plus violents d’entre  les Musulmans. Le film, raille la religion musulmane et ses adeptes, montrant le Prophète de l’islam presque nu, affalé avec ses femmes. Aïcha est physiquement décrite, en petite boulotte, laide à côté de Muhammad représenté en stupide homme, mangeant comme un sauvage et sanguinaire. Le tout, illustré dans un décors grotesque avec photos de paysages désertiques en lieu et place de l’arrière plan du film, donnent l’effet d’une bombe violente lancée en direction des Musulmans.

Terry James, un criminel protégé ?
Cette provocation minable envers 1,5 milliard de personnes dans le monde, est perpétrée pour la quatrième fois par un pasteur accusé de pédophile. Vous souvenez-vous de ce pasteur qui s’est attiré les foudres de l’opinion ? Pas pour ses méfaits de pédophilies mais pour avoir brûlé plusieurs exemplaires du Coran. Terry Jones, appelait déjà à un message fort contre l’Islam et ses musulmans, en brûlant le Coran un 11 septembre 2010. Mais il avait été arrêté juste avant, le 4 août 2010 pour « pornographie sur enfants ». Le pasteur Terry Jones avait partagé sur un site populaire du réseau Limewire des photos d’enfants nus dans les différents États d’Amérique. La brève de cette annonce avait été publiée par NBC News et a été aussitôt censurée. Elle n’est restée sur le site à peine un mois après la publication. On peut encore voir le cache donnant l’information mais le lien indique en anglais : “vous n’avez pas la permission d’accéder..” :

“You don’t have permission to access /news/2010/08/06/pastor-terry-jones-arrested-for-child-pornography/” on this server

La brève disait ceci :

“Le pasteur qui appelait à un message fort contre l’Islam et ses musulmans, en brûlant le Coran ce 11 septembre, a été arrêté le 4 août 2010 pour pornographie. Le pasteur Terry Jones a partagé sur un site populaire du réseau Limewire des photos d’enfants nus dans les différents États d’Amérique”

Le 11 septembre 2010, le pasteur avait renoncé à brûler le Coran, nous dit le Monde de cette période. Mais que s’est-il passé entre le 4 septembre, date à laquelle, je me retrouve sur le site NBC News pour retrouver la brève censurée  le 11 septembre 2010 ?

Terry Jones a déclaré, selon le Monde du 9 sept., avoir obtenu la promesse que le projet de construction d’un centre culturel islamique près de Ground Zero à News York serait déplacé. Cette information a été immédiatement démentie par les promoteurs du projet.

Il récidive son message, l’année suivant, en mars 2011. Mais cette fois, il met à exécution sa menace. C’est son assistant qui  brûle un exemplaire du Coran. L’événement est diffusé sur internet. Ces images avaient été perçues comme un affront par les Afghans du nord du pays, en provoquant la mort de 12 soldats américains.

En avril 2012, rebelote, Terry Jones brûle, pas un mais plusieurs exemplaires du Coran ainsi qu’une représentation du Prophète, pour protester contre l’emprisonnement d’un iranien converti au christianisme et devenu pasteur. Ce sont à chaque fois des actes éminemment politiques. La dernière en date, le lynchage barbare par les « révolutionnaires » libyens sur l’ambassadeur ainsi que la mort de trois de ses collègues.

Colère…!
Le film qui a provoqué cette folie coléreuse et barbare, dure deux heures et a coûté 5 millions de dollars, nécessitant l’embauche de 59 acteurs et 45 techniciens. Les acteurs affirment avoir été trompés, croyant jouer dans un film de fiction épique, et découvrant ensuite qu’un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane. On se demande bien qui a pu investir autant d’argent pour un navet pareil ?

A Benghazi (fief de la révolution libyenne, sic!) et en Égypte (révolutionnaire, re-sic!), en Tunisie, au Yemen mais aussi au Soudan et à Paris ou en Indonésie, des manifestants, révoltés par le film, manifestent soit dans le calme, soit avec violence. Des drapeaux américains sont brûlés en protestation contre le film. On a mis le feu aux poudres “volontairement” pour compliquer les relations dans cette région avec les USA et surtout mettre dans l’embarra Barack Obama et empêcher sa réélection en novembre prochain.

En vingt-quatre heures, ce film a fait le tour du web provoquant, en plus des drapeaux brûlés, le lynchage de l’ambassadeur ainsi que trois des membres de l’ambassade américaine en Libye. Les photos macabres de l’ambassadeur circulent sur le web, ironie du sort ? Ceux que l’Amérique a armés et soutenus se sont retournés contre leurs bienfaiteurs. Ce pauvre homme a fini de la même manière que Mouamar Kadhafi, le dictateur et guide de la révolution libyenne.

VERITABLE TSUNAMI A France INTER

C’est un véritable tsunami qui se dessine à France Inter. La voyouterie de Sarkozy déteint partout ! Cette maladie de la censure se propage comme une traînée épidémique dans tous les médias : des journalistes, des humoristes, des chroniqueurs, des journaux entiers sont mis au tapis ou virés à la moindre liberté d’expression.

C’est dire à quel point les valeurs de la République sont transformées par des soudoiements de députés comme dans l’affaire Douillet/Joly ou d’une Garde des sceaux qui abaisse l’âge minimum de l’incarcération à 12 ans. La particularité de ce gouvernement c’est le choix de la proie idéale pour faire le sale boulot. Rachida Dati ne pourra pas être taxée de raciste en remplissant les prisons de maghrébins et de noirs pour faire passer ses réformes (et s’entendre dire, après coup, par Zemmour, que c’est intrinsèquement lié aux ethnies arabes et noirs). Dans ce gouvernement, se trouve des types genre médecin sans frontière, transformé en bourreau de l’ingérence humanitaire et en pro-israéliens, des socialistes (DSK) en représentant du capitalisme et de la gouvernance mondiale de la finance, des Ministres tels celui du Travail et de la Solidarité, en personnage controversé par des conflits d’intérêts à n’en plus finir -dorénavant traditionnels dans notre belle démocratie- finissent par montrer au monde que notre gouvernement magouille avec les plus riches fortunes du pays (Béttancourt, Boloré, etc.).

On voit à quel point, la liberté d’expression des humoristes est bafouée avec les licenciements de Didier Porte et de Stéphane Guillon par Jean-Luc Hees. Leurs chroniques ne plaisent pas du haut de la monarchie. Il est évident que ces licenciements ont été commandités par le chef -Ô suprême- de Nôtre République. Pour preuve j’en reviens à la nomination de Jean-Luc Hees au poste de président de Radio France en mai 2009 par le conseil des Ministres. Sa nomination constituait la première application de la loi organique du 5 mars 2009, qui donne le plein pouvoir à l’Etat pour nommer les présidents de l’audiovisuel publique. Cela perpétue les nombreuses réformes pour restreindre toutes les libertés encore possibles avant lui. On comprend mieux pourquoi Jean-Luc Hees appelle Philippe Val à le rejoindre à France Inter au poste de Directeur de cette même radio.

Laissez-moi maintenant vous parler de Philippe Val qui répond à l’appel de Jean-Luc Hees au lendemain du procès des Caricatures de Muhammad par Charlie Hebdo. On le dit « couché sur la liste des ralliés à Sarkozy ». Pour quelqu’un qui défend la liberté d’expression, ses prises de positions islamophobes, pro-israélienne, faisant fi de l’oppression palestinienne en soutenant, par sa vindicative habituelle, les États Unis et Israël le rendant en cela complices de leurs exactions en territoires occupés. C’est encore lui qui a dit, un beau jour de 1998, que BHL est « l’Aimé Jacquet de la philosophie» (sic). C’est plutôt lui qui est à la merci de JL Hees, « le Domenech de l’équipe de France [Inter] ». Selon les dires de François Morel, « il n’en est pas loin ».

Oh, mais Val est bien le candidat rêvé à ce poste, sa principale compétence est de faire le ménage dans une des rares radios à pouvoir encore s’exprimer librement. En effet, la censure qu’il a incarnée longtemps à Charlie Hebdo, lui vaut la réputation , par ses pairs, de dictateur. Val a à son palmarès licencié bon nombre de ses salariés comme François Camé, Anne Kerloch, Philippe Corcuff, Olivier Cyran, Lefred-Thouron, Mona Cholet…

Mais surtout le plus cocasse de ses licenciements, c’est celui de Siné. L’affaire révèlera que derrière les motifs avancés par Philippe Val se cachait l’affaire Clearstream. En fait Philippe Val l’accusait d’avoir tenu des propos antisémites sur Jean Sarkozy, en juillet 2008. Mais en réalité, c’est la volonté de notre -Ô vénéré- Président de la République française, par l’entremise de l’Archange déchue, Philippe Val, de taire l’affaire Clearstream. Selon les affirmations de Siné, ce fut « un prétexte pour le licencier en raison de leur désaccord concernant Denis Robert et Clearstream » (l’avocat de Charlie Hebdo, c’est l’avocat de Clearstream).

Philippe Val a publié dans le n° 714 de Charlie Hebdo une pétition pour le droit au blasphème, signée entre autres par Bernard-Henri Lévy, Salman Rushdie et Taslima Nasreen (alors pourquoi censure-t-il les libertés « blasphématoires » sur la République, n’est-on pas en laïcité ?). Ah j’oubliais dans la liste très longue des prises de position peu orthodoxes de ce Val-nu-pieds, il est farouchement opposé à l’Internet : il a fait fermer le site d’un particulier qui faisait un résumé hebdomadaire des éditions de Charlie Hebdo et a, encore dans sa ligne de conduite totalitaire, longtemps refusé que Charlie Hebdo utilise le site Web pour communiquer.

La France est tombée sur la tête ! Elle marche à contre-courant, elle favorise dorénavant la précarité, la pauvreté, le nettoyage de la racaille dans les banlieues, les arrêtés anti-mendicité et les répulsifs anti-SDF (Argenteuil), le limogeage des pourfendeurs des valeurs éthiques, déontologiques inhérentes aux divers organes de la République.

C’est le pouvoir de la rupture, farouchement opposé au vivre-ensemble du pacte social. L’exacerbation à outrance envers les musulmans : ils sont vus maintenant comme incompatibles avec les valeurs de la République.

La désillusion des clivages politiques à un moment où la crise économique est en déflagration. La dégradation du niveau de vie de la majorité de la population et l’avènement de la politique Sarkoziste (le Président de la rupture) accentue les aberrations. Tel un Alain Soral entrant dans le parti du FN et tels électeurs qui ne voient plus de différence entre une gestion de gauche et de droite. Symptôme de désaveu envers la classe politique détruisant le rôle démocratique d’opposition.

Qu’on se le dise ! A la moindre incartade des médias où des personnages politiques à la botte esclavagiste de Sarkozy, n’a plus qu’à tirer un trait à sa participation au monde des idées. Nicolas Sarkozy, en bon diable, arrive à faire graviter autour de lui tous les organes des pouvoirs. Et cet état de fait ne laisse que peu de mouvements aux bâillonnés des médias.

Révoltez-vous ! Citoyens.

Marika El Haki

Synthèse : « De la Liberté » John Stuart Mill, Chapitre IV « Des limites de l’autorité de la société sur l’individu »

Biographie de l’auteur :

John Stuart Mill est né le 20 mai 1806 à Londres, meurt le 8 mai 1873 à Avignon en France. Philosophe et économiste britannique, il est le plus fameux penseur du libéralisme du XIXème siècle. Son père  James Mill qui était aussi philosophe de la verve de Hume, influença considérablement la pensée de son fils; aidé par son ami Jeremy Bentham et David Ricardo. JSM reprend donc la doctrine classique de  l’utilitarisme benthamien et de son père prônant qu’une action est bonne si ses conséquences profitent au bonheur du plus grand nombre. JSM s’en écarte tout de même en développant sa propre théorie : un utilitarisme indirecte. Cette théorie fait référence à une certaine éthique de l’acte juste, qu’on peut nommé conséquentialiste. John S. Mill fait partie de la génération des empiristes. Il fut formé à une éducation rigoureuse, par son père, sous les recommandation de son maître à penser J.Bentham. James Mill souhaitait en faire un génie et le préparer à reprendre leurs idées, pour en faire un grand penseur et continuer à véhiculer l’utilitarisme après eux.

Enfant précoce, JSM appris à trois ans le grec, le latin à 8 ans et à 14 ans il termine son cycle universitaire en histoire, littérature, mathématique, science et philosophie. A seize ans il devient écrivain publique. C’est pendant sa carrière de haut fonctionnaire dans l’administration  des Indes orientales, qu’il écrira la plupart de ses oeuvres. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrage dont les plus connus sont Système de Logique, Principes de l’Economie politique mais aussi Considération sur le Gouvernement représentatif, l’Utilitarisme, la Sujétion des Femmes, son Autobiographie et enfin de la Liberté qui fait l’objet de notre note de lecture. C’est grâce à l’aide précieuse de sa femme Harriet Taylor, qu’il écrira son essai de la liberté. Cette œuvre restera  pour lui la meilleure du fait de sa collaboration étroite avec sa femme qui allait mourir avant la publication de cet essai. Il dira d’ailleurs de cette oeuvre qu’elle fut la « conjonction » de l’esprit d’Harriet et du sien et que peu importe qui porte la plume puisqu’il fut impossible de démêler de la pensée la sienne du sien. Il lui dédicacera l’essai sur la liberté.

DE LA LIBERTE

Chapitre IV : Des limites de l’autorité de la société sur l’individu :

D’emblée, John Stuart Mill pose la question, comme le titre du IVème chapitre en témoigne des limites de l’intervention de l’Etat sur l’individu. Comment l’Etat doit-il se positionner pour garder une mesure équitable entre tous quand il doit réprimer la mauvaise conduite d’un individu tout en laissant à chacun une liberté complète ?

Il débute ce IVème chapitre par trois questions essentielles en y répondant par des exemples concrets avec une habileté démonstrative qui justifiera par ses arguments le projet d’une société libérale idéale :

Quelle est donc la juste limite de la souveraineté de l’individu sur lui-même ? Où commence l’autorité de la société ? Quelle part de la vie humaine revient-elle à l’individualité, quelle part, à la Société ?

John Stuart Mill répond à la première question en lui joignant la seconde comme une suite logique d’une mesure équitable dans la condition que chacune des parties, l’individu et la société, ne se limite qu’à la part qui la concerne plus particulièrement. La société, comme l’individu doit posséder sa propre mesure selon une ligne de conduite envers autrui que chacun doit respecter, seule condition pour vivre en société. Cette mesure doit être fixée par un principe équitable dont le fil conducteur est de deux sortes :

i) ne pas nuire aux intérêts d’autrui ou plutôt de certains de ses intérêts que JSM renvoie aux disposition légales et à un accord tacite;

ii) que chacun assume sa part de travail et de sacrifice dans la société selon ce même principe dans l’objectif de défendre et de protéger la société de tout abus contraire à la loi.

La société détient le rôle de contrôler les actes de l’individu pour empêcher celui-ci de faire du tort à autrui. Mill affirme que la société est en droit et à tout pouvoir pour punir l’individu qui refuse de remplir ses obligations envers la société. Puisque l’individu reçoit protection de la part de la société, il est par conséquent redevable envers elle.

Mill distingue deux sortes d’action :

i) celle qui est préjudiciable aux autres, dans ce cas la sanction de la société s’impose et son jugement doit avoir lieu.

ii) celle entreprise par un individu qui est nuisible ou effectuées sans prendre assez d’égard pour le bien-être d’autrui mais ne risque la violation d’aucun de ses droits constitués, de ce fait l’action mauvaise est subit par lui-même et accepté de lui. Dans un tel cas, Mill exclut  la société de tout contrôle, c’est au rôle de l’opinion de punir justement, par des vexations. Si tant est que cet individu possède la capacité suffisante d’une intelligence ordinaire.

On voit maintenant comment Mill compte réguler équitablement les droits de chacun sans les enfreindre et sans empiéter sur le bon fonctionnement de la société. A partir de ces données exposés précédemment, on voit comment Mill soutient le principe de liberté complète légale et sociale d’agir pour chaque individu. Ce principe de liberté absolue octroyée à chaque individu est par conséquent la limite entre ce qui affecte directement les intérêts des autres membres de la société  et ce qui n’affecte directement que la personne. Cela donne à tous une parfaite liberté d’agir légale et sociale et d’en assumer les conséquences. Ainsi  JSM rend l’individu responsable de ses actions à partir du moment qu’il acquière sont autonomie, il est en droit d’accéder  à la liberté complète. Il argumente par cela, (dans la mesure où n’entre pas en ligne de compte les intérêts fondamentaux d’autres personnes) que tout membre de la société est totalement libre de rechercher son propre bien être, de la manière la plus libre au seul risque de subir la réprobation des autres membres : « Mais personne n’est autorisé à dire à un homme d’âge mûr que, dans son intérêt, il ne doit pas faire de sa vie ce qu’il a choisi d’en faire. Il est celui que son bien-être préoccupe le plus: l’intérêt que peut y prendre un étranger est insignifiant  ».

La réprobation de l’opinion encourue par le coupable dans ce cas précis doit être juste. Cette justice, Mill en décrit les contours : « Nous pouvons exprimer notre aversion et nous tenir à distance d’une personne ou d’une chose qui nous déplaît; mais que cela ne nous incite pas à lui rendre la vie difficile. Il faut penser qu’elle porte déjà ou portera l’entière responsabilité de son erreur. Si elle gâche sa vie en la dirigeant mal, ce n’est pas une raison de désirer la lui gâcher davantage : au lieu de vouloir la punir, il faut plutôt s’efforcer d’alléger sa punition en lui montrant comment éviter ou guérir les maux auxquels sa conduite l’expose. ».

Mill distingue là encore deux sortes de défauts : les défauts personnels ne sont pas  une obligation sociale parce qu’ils n’entrent ni dans l’immoralité ni dans la méchanceté. Ce sont  des devoirs envers soi-même, qui sont selon lui, le manque de prudence entraînant en lui-même un manque de respect ou un manque de développement. De plus en ces devoirs envers soi-même, nul « ne saurait être rendu responsable du bien qu’on fait à l’humanité ». Ce type de personne ne doit subir que la baisse d’estime que les autres sont en droit de lui infliger car ne concerne que lui-même et entre dans champs personnel de l’individualité. Cela signifie que la majorité est en droit de réprouver une conduite jugée dégradante sans pour cela avoir le droit de l’interdire, ou le contraindre à réparer ses fautes par quelque châtiment que ce soit.

Il contrecarre les objections éventuelles qui seraient faites face à ce type d’homme qui ne s’occuperait que de ses affaires personnelles sans s’interroger à la conduite des autres. Un individu égoïste et indifférent aux actions des gens qui n’entrent pas dans leurs intérêts directes. En effet, Mill ne sous estime pas les vertus privée mais mettra en avant les vertus sociales qui seules rendront des comptes à la société. Pour lui, c’est le rôle de l’éducation de les développer toute deux. Comme pour l’éducation, les vertus privées s’accomplissent et s’acquièrent plus aisément par la persuasion et la conviction que sous l’égide du fouet ou de la cravache. En effet c’est par l’école que l’homme, une fois l’éducation achevée et arrivant à maturité, agit conformément à ce qu’il comprend. les vertus privées devrait déjà lui être inculquées. Ici Mill intègre l’idée de liberté et de ses exigences. C’est dire qu’il ne donne pas l’entière responsabilité à l’individu si celui-ci s’avère incapable de gérer sa vie,  par son imprudence, (qui rappelons le, n’empiète bien évidemment pas sur les droits constitués des autres gens). La société « a eu tout pouvoir sur eux pendant la première partie de leur existence ; elle a eu toute la période de l’enfance et de la minorité » pour tenter de leur donner les capacités à raisonner afin de bien se conduire. Si elle échoue, comme le précise JSM « Si la société laisse un grand nombre de ses membres dans un état d’enfance prolongée, sourds à l’influence de la considération rationnelle des motifs généraux, c’est la société seule qui est à blâmer pour les conséquences », alors raison de plus pour ne pas lui donner  le pouvoir de légiférer et de le punir en ce qui concerne ses intérêts personnels. Celui-ci subit déjà les sanctions naturel, c’est à dire le mépris et le dégoût de ses semblables. Si l’Etat persiste à punir ce type d’individu, elle ne fera qu’empirer la situation et transformera l’objet du délit en un devoir d’ « opposition » contre sa tutelle qui prétend le contraindre à la prudence dans ses affaires personnelles. La conséquence sera de faire exactement le contraire de ce que l’État prescrit.

Il prêche d’autres principes de bienveillance désintéressée pour promouvoir le bien d’autrui : Les hommes raisonnables ne doivent pas contraindre le coupable dans ses actions personnelles : « Les hommes doivent s’aider les uns les autres à distinguer le meilleur du pire, et s’encourager à préférer l’un et à éviter l’autre. Ils ne devraient avoir de cesse que de se stimuler mutuellement à exercer leurs plus nobles facultés et à orienter davantage leurs sentiments et leurs desseins vers la sagesse, et non la folie, vers des objets de contemplation édifiants, et non dégradants. ».

Excepté pour celui dont « la moralité est défaillante et odieuse » qui par sa conduite, entraînent le mépris des devoirs envers les autres parce qu’il enfreint les règles nécessaire à la protection de ses semblables. Mill caractérise les « vices moraux » méritant inéluctablement le jugement de la société par la loi : la cruauté, la méchanceté, l’envie, la dissimulation, l’hypocrisie, l’irascibilité gratuite, le ressentiment disproportionné, l’amour de la domination, le désir d’accaparer plus que sa part, l’orgueil et l’égoïsme. Pour ces conduites, la société en tant que protectrice des droits de chacun doit sanctionner d’une manière suffisamment sévère.

Il revient par conséquent à l’État de disposer des conditions matérielles et sociale nécessaires pour que chacun accède à l’épanouissement. Il est à noté que JSM ne cherche nullement à réformer la nature humaine. Il est tout aussi conscient de sa faiblesse et des sentiments abjectes qu’elle est capable de ressentir. Il vise simplement à établir une société juste, seule condition à l’épanouissement de l’homme, malgré sa nature.

Pour éviter toute confusion, JSM insiste pour dire que le coupable tombe sous le coup de la désapprobation morale -ou de la loi- et sort de la sphère privée, non pas pour la cause ni les erreurs qui ont provoqué le préjudice, mais pour le manquement au devoir envers la société ou envers autrui. C’est le degré du préjudice subit par la victime qui sera l’objet du délit : « Si, par exemple, de par son intempérance ou son extravagance, un homme se trouve incapable de payer ses dettes, ou si, s’étant chargé de la responsabilité morale d’une famille, les mêmes raisons le rendent incapable de la nourrir et de l’élever, il mérite la réprobation et peut être justement puni, non pas pour son extravagance, mais simplement pour avoir manqué à son devoir envers sa famille ou ses créanciers. ». Un soldat ou un policier sera punit par la loi car il est dans l’exercice de ses fonctions alors que l’ivresse n’est pas passible de sanction par la loi. Cela fait toute la différence pour Mill.

En définitive, Mill assure que la liberté est la protection contre toute contrainte, la plus redoutable de toutes étant celle d’une opinion publique qui veut imposer ses coutumes et ses croyances. La liberté n’est pas la loi du nombre.

Mill s’oppose donc au sophisme qui fait croire faussement qu‘une majorité aurait toujours raisons et donc qu’elle aurait force de loi pour imposer à une minorité ses visions politiques ou religieuses. Pour éviter que la société ne tombe dans le totalitarisme par l’intolérance de l’opinion publique, il conclu qu’une opinion générale aura des chances d’être biaisée par des considérations personnelles. En effet  l’analyse perspicaces que fait Mill, montre l’esprit visionnaire pour son époque et la préoccupation qu’il avait de protéger entre toutes les libertés individuelles de tous les membres de la société y compris la minorité.

JSM avait conscience qu’un principe que requière la liberté individuelles est de limiter l’action des hommes les uns sur les autres. Que ce principe équitable est régit à la seule sphère de l’argumentation et donc de la vertu privée (le reproche, l’exhortation, les conseils…) condition essentielle pour un vivre ensemble en société. Dans le cas contraire le risque de dégénérer en rapports de force, brutale qui ne résoudraient pas les conflits et porteraient un frein au bien être général par des abus et des persécutions de toute sorte d’un groupe sur un autre. JSM soutient que la  tolérance peut se décliner différemment selon les cultures, les époques et les attentes personnelles de chacun. Mill positionne cette tolérance comme un fondement à la discussion par lequel les individus matures sont capables de reconnaître l’existence de visions totalement différentes du monde et qui peut être préjudiciable si l’opinion publique ne reconnaît pas les droits à la différence.

Ses analyses sur les pratiques différentes en matière religieuses ou politiques sont intéressantes car il confronte les différents cas de figure à sa réciprocité. Mill fait un grand nombre de suppositions sur des faits existants qui seraient une menace à la liberté privée. Il part de faits éloignés comme l’abstinence de la chair du porc chez les musulmans et son  antipathie instinctive envers ceux qui en mangent. La possibilité par sa majorité; d’interdire la consommation de porc à tous ses membres y compris pour les chrétiens, serait perçue comme une injustice flagrante par les non musulmans. Il soulève un autre cas, celui des pratiques catholiques européennes, plus proches de son pays géographiquement et culturellement, qui imposent aux protestants l’abstinence du mariage pour leurs pasteurs ou encore le cas de l’Espagne qui ne tolèrent aucune autre pratique religieuse que celle des catholiques romains. Que dire du puritanisme calviniste et méthodique qui domine la nouvelle Angleterre et le royaume britanniques ? Ce puritanisme par leurs notions de morale et de religiosité menace les amusements publics et privés de son pays car puissants socialement et politiquement. Même une constitution démocratique pourrait donner le droit de véto à son public sur les affaires personnelles des autres. Mill n’épargne personne : les socialistes qui formaient déjà en son temps une police morale et physique pour empêcher les patrons de donner et aux bons ouvriers de recevoir un salaire plus important selon le mérite et la nature du travail ; le Sabbat, qui a pour origine une coutume juive, celle de s’abstenir de travail un jour dans la semaine, est dénoncé par Mill parce que justifiant la législation de l’arrêt du travail le dimanche pour répréhensif du point de vue religieux. Enfin JSM conclue à cette séries de preuves par l’illégitime persécution que subit le mormonisme dans son propre pays sous prétexte de civilisade.

Il prouve donc par tous ces exemples que toute légitimation de la société pour faire des lois qui aurait la force d’interdire aux autres une pratique qu’une majorité prétendrait être inacceptable et donc imposeraient ses vues sur la minorité, ont la même finalité : « L’idée qu’il est du devoir d’un homme de veiller à ce qu’un autre soit religieux est la cause de toutes les persécutions religieuses jamais perpétrées; et si on l’admettait, elle les justifierait pleinement ».

Tous les membres de la société doivent avoir en tête ce principe qu’ils ne peuvent imposer à l’autre ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur impose.

C’est principalement pour toutes ces raisons que John Stuart Mill considère raisonnable qu’on reconnaisse la différence des divers individus, leur liberté d’entreprendre ce que l’individu considère être la vie la meilleure pour lui-même, en lui octroyant une plus large sphère de liberté en accord avec la vie en société. En effet il part du principe qu’il est impossible de prendre comme critère du bien l’universalité absolue dans lequel tous les hommes y trouveraient un fondement dans lequel on déduirait des règles de vie communes à tous ! L’idée maîtresse est que la limite de l’autorité de la société sur l’individu est le principe de non-nuisance à autrui.

SARKOZY : DE TOCQUEVILLE A LA RELIGION !

Marika El Haki

 

 

« Que faire d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? ». Ces mots, d’Alexis de  Tocqueville* -héritier du positivisme, mais partisan du rôle politique de la religion dans les sociétés démocratiques sécularisées-  placent ainsi au centre du débat, le vieux thème politico-religieux que nos précédents présidents n’auraient même pas osé mettre à l’ordre du jour, sans entacher la sacrée loi de la laïcité. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait !

Dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy s’est presque essoufflé sur le terme salvateur de « civilisation ». Dans l’article du Monde du 17 janvier, c’est le fondement même de la religion qu’il remet au goût du jour avançant que « Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux ». Le gage « d’espérance », dans la bouche de           N. Sarkozy, est le mentor de son élection à la place suprême de l’Etat laïc. Qu’il souhaite d’ailleurs ardemment « dépoussiérer » ! N’en déplaise à la majorité des Français, le Président parle à l’univers d’une « spiritualité des spiritualités » qui aurait sa place au niveau national et international, en particulier pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

La réflexion du sociologue, Alexis de Tocqueville, dans son Traité De la démocratie en Amérique, fait ressortir que la démocratie moderne passe par le fait religieux : « La religion n’est donc qu’une forme particulière de l’espérance et elle est

 

aussi naturelle au cœur humain que l’espérance elle-même. L’incrédulité est un accident… la religion tient à un des principes constitutifs de la nature humaine». L’Homme ne peut vivre sans la religion même si les révolutionnaires ont cherché des substituts existentiels aux questions qui angoissent l’Homme : « Ne cherchez pas à arracher aux hommes leurs anciennes opinions religieuses pour en substituer de nouvelles, de peur que dans le passage d’une foi à une autre, l’âme se trouvant brusquement un moment vide de croyances…». 

 

L’analyse tocquevillienne montre qu’aux Etats-Unis, au contraire de la France, le phénomène religieux fonctionne dans un système de démocratie à l’américaine. Si les croyances et pratiques restent limitées à «se tenir dans les bornes qui lui sont propres» elles libèrent l’être d’un certain nombre de questions essentielles en apportant des solutions. Celles-là demeurent une utilité sociale par le respect de l’individu avec la perspective de mœurs conservatrices. Quand le lien politique faiblit, le lien moral se resserre. La religion est un antidote, alors que l’égalitarisme à l’extrême engendre la dislocation du lien social. Tocqueville était sceptique face à une société basée sur le bien-être matériel sans limites. Cette société là va à sa perte.

 

Notre président de la république l’a bien compris. Il suffit d’observer comment sa campagne « d’ouverture » lui a permis d’introduire au centre des débats politiques : la création du CFCM, l’affaire du voile –allant jusqu’à s’entretenir avec le grand mufti d’Al-Azhar avant de se prononcer contre le voile-, sa réforme des abattoirs… Et l’établissement du ministère de l’Identité nationale qui -paradoxalement à l’image que ces termes véhiculent- aurait pu s’appeler « le ministère des religions ».

 

*A.de Tocqueville (1805/1859) : penseur politique,  Sociologue, historien. Source : De la démocratie en Amérique, religion et modernité politique (vol. I, p. 401, p. 403, vol. II, p. 32, vol. II, p. 182).