L’islam, une religion dangereuse pour ses adeptes ?

Je vous invite à lire ce qu’écrivent deux des plus imminents académiciens de l’étude de l’Islam (islamologie). Montgomery Watt (1909-2006) et Ignaz GOLDZIHER (1850-1921) ont consacré leur vie à l’étude de l’essence de la religion musulmane, de sa communauté et de son Prophète. Ils remettent en question l’idée de plus en plus acceptée par un consensus honteux, que l’islam, de par son prophète, est une religion dangereuse pour les hommes. Opinions qui continuent jusqu’à nos jours à défrayer les chroniques, les amalgames et à augmenter l’islamophobie.

Cet état de choses est une réalité. Je vois déjà beaucoup remettre en question le terme « islamophobie », ceux-là même qui souhaitent brouiller les pistes pour ne pas dévoiler leurs critiques malsaines contre la religion des musulmans et en mettent une couche aux amalgames qui stigmatisent de fait et naturellement les musulmans. Leurs arguments tournent toujours autours des mêmes insultes envers le représentant de leur croyance : la pédophilie du Prophète, les razzias, l’antisémitisme musulman, l’islamisation, le totalitarisme d’essence islamo-fascisme, etc.

Même si je conçois que certains Musulmans sont intolérants et veulent imposer leur vision de la religion, il n’en demeure qu’ils sont une grande minorité. Ils sont plus visibles parce que plus entendus, les médias sont leur alliés. Ils sont aussi financés par les pétro-monarchies, pourtant plus défenseurs des intérêts américains que du bien-être des musulmans en pays occidentaux ou ailleurs. Ils se fichent de l’image qu’ils véhiculent par leur rétrograde pensée déterministe et archaïque. Sauf, qu’eux, ils peuvent tout se permettre sans jamais être inquiétés par une intervention militaire « humanitaire » ou au nom de la démocratie ou de du féminisme occidentale. Ils ont Le pétrole qui les rend arrogant. Malgré les dérives que l’on perçoit de certains adeptes, cela ne doit pas faire oublier que ceux qui souffrent le plus de l’exclusion et de cette iniquité de jugement sont des musulmans les plus paisibles, enjoués et sympathiques, dans leur grande majorité.

Dans le livre, « Mahomet à Médine » de Montgomery Watt, au chapitre  « L’homme et sa grandeur » et aussi dans les « Prétendus manquements à la morale », on trouvera une analyse salutaire que l’on devrait méditer :

« De tous les grands hommes du monde entier, aucun n’a eu autant de détracteurs que Mahomet. Il est difficile de comprendre pourquoi il en est ainsi. Pendant des siècles, l’Islam fut le grand ennemi de la Chrétienté; la Chrétienté, il est vrai, n’était en contact direct avec aucun autre Etat organisé comparable par la puissance à l’Islam […] Même avant les croisades, une propagande médiévale en faveur de la guerre, propagande dénuée de toute objectivité, était employée à former dans les esprits la conception du « grand ennemi ». Mahomet devenait Mahound, le Prince des Ténèbres. Quand vient le XIè s., les idées concernant l’Islam et les Musulmans, courantes parmi les Croisés, se trouvaient être de telles fables qu’elles eurent en définitive un effet déplorable : les Croisés avaient été prévenus de s’attendre au pire de la part des ennemis et lorsque virent parmi ces ennemis plus d’un guerrier chevaleresque, ils furent remplis de méfiance vis-à-vis des autorités religieuses chrétiennes. Ce fut pour remédier à cette situation que Pierre le Vénérable tenta de diffuser des renseignements plus exacts concernant Mahomet et la religion qu’il prêchait. Dans la suite de grand progrès furent faits dans cette voie, surtout depuis environ deux siècles, mais beaucoup de  vieux préjugés demeurent encore. »

Ignaz Goldziher, Juif hongrois, de famille israélite fort estimée, écrit dans son recueil critique sur le Dogme et la loi islamique (*) :

 « On trouve inférieur l’idée de Dieu dans l’Islam… On déclare sa morale dangereuse, parce qu’elle est commandée par le principe d’obéissance et de soumission que révèle le nom même d’Islam. Comme si la conscience, si forte chez le musulman, d’être soumis à une loi divine inflexible, comme si sa croyance à la transcendance de l’Être divin s’avéraient comme des obstacles qui l’empêchassent de se rapprocher de Dieu par la foi, la vertu et les bonnes œuvres et d’être reçu dans sa miséricorde (Surat 9 verset 100) !

 ceux qui jugent la religion des autres d’après un critère subjectif, on peut rappeler les excellentes paroles du théologien A.Loisy (1906) : « On peut dire de toutes les religions qu’elles ont une valeur absolue pour la conscience de leurs fidèles respectifs, et une valeur relative pour l’intelligence du philosophe et du critique. » En appréciant l’action de l’Islam sur ses fidèles, on a le plus souvent perdu de vue cette vérité.

On a même rendu, à tort dans le cas de l’Islam, la religion responsable d’imperfections morales et d’une stagnation intellectuelle qui ont leur cause dans les aptitudes ethniques ; et pourtant cette religion est répandue parmi des peuples appartenant à des races dont elle a plutôt modéré que provoqué la barbarie. Pas plus que les autres religions, l’Islam n’est une abstraction que l’on puisse isoler des phénomènes et des effets par lesquels ils se manifestent et qui diffèrent suivant les phases de son évolution historique, son domaine géographique et le caractère ethnique de ses adeptes.

Si l’on ne veut pas être injuste, il faut convenir qu’il y a, même dans les doctrines de l’Islam, une force efficiente orientée vers le BIEN, et qu’une vie conforme à ces doctrines peut être une vie moralement irréprochable ;  elle exige en effet la miséricorde ENVERS TOUTES LES CREATURES DE DIEU, LA BONNE FOI DANS LES RELATIONS , L’AMOUR ET LA FIDELITE, le refoulement des instincts égoïstes, et toutes ces vertus que l’Islam puisa dans les religions dont il reconnaît lui-même les prophètes comme ses maîtres.(Moïse , le Messie Jésus, fils de Maria… Le Coran  affirme qu’il a existé 125 000 prophètes,  il n’en a cité que 25). Un bon musulman mènera une vie qui satisfait à de sévères exigences morales . »

 Il  conclut enfin par  :

« Certes, l’Islam est aussi une « loi » ; il plie aussi ses croyants à des actes cérémoniels. Néanmoins, non seulement les doctrines traditionnelles sur lesquelles s’est appuyé son développement, mais déjà leur source première la plus reculée, le Coran, regarde expressément l’INTENTION dans laquelle les œuvres sont accomplies comme le critérium de la valeur religieuse, et l’observance stricte de la loi, si elle n’est accompagnée d’actes de miséricorde et de charité, y est considérée comme de peu de prix ! » (cf Surate 2, verset 172).

Et pourtant, ces deux orientalistes n’ont pas été tendres avec l’islam dans l’ensemble de leurs oeuvres, mais il faut bien leur reconnaître que les résultats de leur recherche restent au final positif et réhabilitent pour l’essentiel la grandeur de cette religion. Alors que s’est-il passé depuis ? L’islam, religion orpheline et rebelle donne du fil à retordre aussi bien aux laïques les plus radicaux qu’à ses deux sœurs aînées que sont les religions monothéistes, le judaïsme et le christianisme ! Ça fait beaucoup de monde contre une seule communauté qui pourtant aspire à la paix des peuples mais nous constatons malheureusement que l’air du temps fait un bond au Moyen-Âge. Toutes ces provocations injustifiées même au prix de la liberté d’expression, poussent à la marginalisation des Musulmans, voire pire, à les radicaliser d’une façon globale et de façon binaire : Musulman islamistes ou rejet de l’islam.

(*) « LE DOGME ET LA LOI DANS L’ISLAM », p 13, Ed. L’éclat & Geuthner, 2005.

LA CONTROVERSE EUROPEENNE DU MAÏMONIDE ISLAMIQUE

Voici ma réaction à la pétition envoyée à l’UNESCO pour avoir cité Maïmonide comme « un savant musulman » dans le rapport de l’UNESCO sur la science (lire le lien ci-dessous pour comprendre ce qui suit)

http://www.europe-israel.org/2010/12/08/petition-a-madame-irina-bokova-directrice-generale-de-lunesco/

Et voilà ma réponse :

Cette histoire de mosquée me dépasse donc je ne rentrerai pas dans le débat politico-religieux de la question soulevée par cette pétition. On sait ce que cela vaut quand religion et politique se mélangent.
Pour la majorité, l’UNESCO est une Organisation à vocation universelle dont l’objectif est de promouvoir la diversité culturelle, le dialogue interculturel et une culture de la paix. C’est tout ce que je retiens de celle-ci.Je suis aussi à bout d’argument devant tant de sectarisme à propos de Maïmonide ; les grandes figures de l’Histoire appartiennent à l’humanité et non pas aux juifs ou aux musulmans ni aux chrétiens, ni aux athées ! La Religion a bon dos, et multiples facette, d’une certaine manière, l’Homme la façonne et la transforme à sa guise. Surtout quand la politique s’en mêle. En conséquence, l’homme devient au service de la Religion alors que c’est à la Religion d’être au service de l’homme.

 

J’aimerais ici apporter ma vision des choses avec Maïmonide.

Maïmonide (alias en hébreux : הרב משה בן מימון HaRav Moshé ben Maïmon et en arabe : عبد الله القرطبي اليهودي Abou Omrane Moussa ibn Maimoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun fils d’Abdallah le cordouan Juif») apparaît dans la culture islamique, il est donc forcément de culture arabo-islamique comme je peux être fortement influencée par la culture judéo-chrétienne et forcément occidentale par ma pensée et mes « maîtres »pour être  née et avoir vécu toute ma vie en France et ailleurs en Europe. Mais permettez-moi de rappeler à la raison quand il est avéré que Maïmonide fut disciple du maître d’ibn Bajja (musulman andalou), il avait donc comme maîtres à penser de nombreux musulmans tels qu’ Al Farabi surnommé « le second maître après Aristote » ou Avicenne dont il fut très influencé, ou encore Ibn Bajja (Avempace), Ibn Tuyfal ou enfin son contemporain Ibn Rushd (Averroès). Le code maïmonidien, « le Mishneh Torah » est le seul ouvrage écrit en langue hébraïque. Cette œuvre a sans nul doute de fortes analogies avec le l’ Ihya ‘Ulûm al Dîn (revification des sciences religieuses) d’Al Ghazali (m.1111). Ces deux œuvres sont essentiellement juridico-religieuses et destinées à revitaliser les sciences religieuses (le premier pour le judaïsme, le second pour l’islam). D’ailleurs ceux de ses coreligionnaires et inquisiteurs juifs qui l’ont disgracié (à cause de sa philosophie) sont ceux-là même qui vouaient une admiration au « Tahafut al falasifa » (l’incohérence des philosophes) dont l’auteur est encore ce même al Ghazali. Celui-là même qui mit tous les moyens par une excellente maîtrise philosophique aristotélicienne pour réfuter la philosophie et mettre fin à la philosophie dans le monde musulman.

Que vous le vouliez ou non Maïmonide a fait partie des grands noms de l’Âge d’Or musulman comme il l’a été pour l’Âge d’Or juif et a donc a influencé par la suite l’humanité comme l’a été l’étude de l’Averroisme (nom donné à l’étude de la pensée d’Averroès allias Ibn Rushd) pour les Juifs (avec Maïmonide), pour les Chrétiens (avec Saint Thomas d’Aquin, bien plus tard) mais aussi pour les philosophes modernes.

Dans le Guide des égarés , qui fut écrit comme toutes ses œuvres en langue arabe, (excepté le « Mishneh Torah ») on peut voir une similitude avec le « Régime du Solitaire » d’Al Farabi dans lequel il développe une thèse d’allure néoplatonicienne consistant dans la réduction du moi à l’être divin, le but de l’existence humaine étant l’union avec Dieu au moyen d’une ascension plus intellectuelle que mystique ou religieuse (Farabi est mort à Damas en 950). Pour ceux qui connaissent la philosophie islamique (j’en suis une amatrice), reconnaitront aisément la « parabole du Roi » d’Avicenne mais aussi le conte philosophique de Hayy ibnou Yaqzan (Vivens filius Vigilantis : du Vivant fils de l’Eveillé ou du Vigilant) dont voici un extrait de Maïmonide:

« Alors je demandais au Sage de me guider sur le chemin du voyage, de me montrer comment entreprendre un voyage tel qu’il en faisait lui-même. Je le fis sur le ton dont pouvait l’en requérir un homme qui en brûlait d’envie, en avait le plus ardent désir. Il me répondit: Toi et tous ceux dont la condition est semblable à la tienne, vous ne pouvez entreprendre le voyage que je fais moi-même. Il vous est interdit; à vous tous la voie en est fermée, à moins que ton heureux destin ne t’aide, toi, en te séparant de ces compagnons. Mais maintenant, l’heure de cette séparation n’est pas encore venue: un terme lui est fixé, que tu ne peux anticiper. Il faut donc te contenter pour le moment d’un voyage coupé de haltes et d’inaction; tantôt tu es en route, tantôt tu fréquentes ces compagnons. Chaque fois que tu t’esseules pour poursuivre ta marche avec une parfaite ardeur, moi je fais route avec toi, et tu es séparés d’eux. Chaque fois que tu soupires après eux, tu accomplis un revirement vers eux, et tu es alors séparé de moi; ainsi en sera-t-il jusqu’à ce que vienne le moment où tu rompras totalement avec eux. »

Ce conte philosophique qui a rendu célèbre ibn Tufayl matérialise les exigences que sont la vie en société (Al Farabi) et l’isolement propice à la vie spéculative (Ibn Bajja)… On retrouve cette idée philosophique dans le dernier mot des « Ennéades  » de Plotin : « Telle est la vie des dieux et des hommes divins et bienheureux : s’affranchir des hommes d’ici-bas, s’y déplaire, fuir seul vers le seul ».

Je tiens à signaler ici qu’il n’est absolument pas question ici de dire que Maïmonide est musulman mais de rendre à César ce qui appartient à César : le patrimoine musulman reconnait Maïmonide comme parfaitement « musulman » c’est à dire conforme au dogme Islamique.

D’autres part, on s’accorde bien à accepter l’idée que la philosophie islamique est grecque hellénisante alors pourquoi ne pas reconnaître, de bonne grâce, que la philosophie de Maïmonide est « islamique » ?

Enfin, je n’évoque pas les débats sans fin des biographes de Maïmonide sur les divergences à propos de sa conversion ou non à l’islam. Je vous laisse lire l’article du Washington Post intitulé « the great Islamic Rabbi ». J’espère, par ce retour sommaire à l’histoire de la philosophie, dépassionner le débat qui fait tort au patrimoine universel, car nous faisons tous partie d’un tout :

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html
En français pour les non anglophones :
http://translate.google.fr/translate?hl=fr&langpair=en|fr&u=

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/12/30/AR2008123002789.html