DROIT DE REPONSE AUX REACTIONS DES INTERNAUTES SUR MA VISION DE L’ISLAM

Des centaines de commentaires suite à mon intervention chez MetaTV. Je ne m’attendais pas du tout à ces nombreuses  réactions dont certaines sont davantage à imputer aux trolls qu’à des êtres doués de raison. Certaines cricapture metaTV Islamtiques sont légitimes et je tiens à répondre sur mon blog à celles-ci, si elles sont constructives mais je ne perdrai pas mon temps à répondre aux écervelés ni aux « sectaires-de-la-science-infuse ». Ces derniers n’ont aucun argument ni sur le fond, ni sur la forme de mes interventions. On voit bien qu’ils sont là pour scruter la moindre parole pour discréditer en entier les vidéos. En réalité, ils n’arriveront pas à déconstruire l’analyse des questions liées à des concepts islamiques ou aux hommes qui ont fait l’Histoire de la civilisation arabo-islamique des premiers temps de l’islam. Ceux qui m’insultent ad hominem ont été coupables de calomnie sur ma personne, mon honneur et ma piété. Ceux-là ne sont pas musulmans car les Musulmans connaissent les  fondamentaux de l’islam quant aux grands pêchés qui font sortir de l’islam et qui les jetteraient illico en enfer.

La diffamation c’est d’accuser quelqu’un(e), femme ou homme, de quelque chose qui touche sa dignité, son honneur ou sa piété. La simple accusation est une diffamation qui a le statut de harâm/ interdit absolu, par le Coran, la sunna et le consensus de la communauté musulmane. Et l’implication directe de ce péché c’est d’être puni immédiatement, d’être déchu de son droit de témoin, avoir le statut de pervers / fâsiq, de recevoir la malédiction dans la vie et après la mort et enfin d’être châtié d’un châtiment terrible. Cela est mentionné dans les versets suivants :

Allah dit dans la sourate la lumière versets 4 et 23 : « Ceux qui accusent les femmes honnêtes sans pouvoir produire quatre témoins, punissez-les de quatre-vingts coups de fouets et n’acceptez plus jamais leur témoignage : ceux-là sont des pervers.»

« Ceux qui calomnient des femmes honnêtes, chastes et croyantes seront maudits en ce monde et dans l’Autre ; un châtiment terrible les attend.»

Le cas de ces personnes devient plus grave encore lorsqu’ils propagent leur diffamation parmi les croyants pour porter atteinte aux innocents. A ce moment là, ils rajoutent à leur péché initial, celui de le propager ; Dieu dit à ce sujet : « Ceux qui aiment que la turpitude se propage parmi les croyants subiront un châtiment douloureux en ce monde et dans la vie future. Dieu sait, et vous, vous ne savez pas !» (La Lumière 19)

Ce genre de personnes, Dieu leur a consacré toute une sourate pour les avertir et les menacer : « Malheur à tout calomniateur sarcastique… » donc là il y a une menace explicite de la part de Dieu et cette menace terrestre sera exécutée dans le jugement dernier, lisez : « ..Mais non !… Il sera précipité dans la Hutama… » qui n’est autre chose que : « …. le Feu de Dieu jamais éteint, qui pénètre dans les entrailles, jusqu’à les enfermer dans d’immenses colonnes.» (Le Diffamateur)

Voila ce qui attend les calomniateurs qui, pas seulement inventent des histoires mais les propagent également.

Le Prophète a dit : « certaines personnes prononcent des mots qui les font chuter en enfer…» (Sunan) et à Mu‘âd il a dit : « mais qu’est-ce qui ramène les gens en enfer autre que la semence de leur langue…» (Ahmad et Tirmidî), et à tous les musulmans il a conseillé : « Celui qui croit en Dieu et au jour dernier qu’il ne dise que du bien ou qu’il se taise…» (Bukhârî et Muslim d’après Abû Hurayra) et Dieu avertit : « l’homme ne profère aucune parole sans que se tienne auprès de lui un observateur prêt à inscrire.» (Coran qaf 18)

Comment doit-on se comporter face à ses personnes :
Les psychologues disent que ces genres de personnes sont atteintes psychiquement, car soit, elles sont frustrées et ne réussissent pas leur vie, soit elles sont haineuses et veulent détruire, tel un pyromane qui met le feu partout.

Dieu nous ordonne de négliger ces personnes et de ne leur accorder aucune attention, Il dit : « Et n’obéis pas au vil prêteur de serments, au diffamateur qui répand la calomnie, à celui qui interdit le bien, au transgresseur, pécheur invétéré…» (La Plume 10-11) et le Prophète (sws) nous met en garde : « aucun diffamateur n’entrera au paradis…» (Abû Dâwûd et Tirmidî) le Prophète indique la tombe de deux personnes qui subissent un châtiment douloureux et dit : « ils se font châtiés…l’un d’eux était un propagateur de calomnie…» (Bukhârî et Muslim).

Ce que disent les savants :
L’imam Ghazâly
dit :  » le calomniateur aura deux langues le jour dernier ; une qui témoigne contre lui, qu’il a écouté attentivement le diffamateur, et l’autre témoigne qu’il a propagé la diffamation. Est calomniateur toute personne qui révèle un mal pour ou contre une personne. Est calomniateur, celui qui propage la calomnie par la parole, l’écriture, le geste ou l’allusion. Tout ce qu’on n’aime pas révéler, si on le révèle est une calomnie, vrai ou faux. La calomnie c’est de révéler les défauts de quelqu’un ou d’inventer. L’islam interdit de révéler les défauts des gens, même si c’est vrai, sauf dans le cas ou on combat un criminel. Ghazâly continue : quand on nous ramène une histoire sur quelqu’un, il faut adopter l’un des comportements suivants :

  • qu’on ne le croit pas du fait que le Coran témoigne que celui qui transmet une calomnie est un pervers / fâsiq (les appartements v19)
  • qu’on le conseille d’arrêter de propager le mal parmi les croyants.
  • Qu’on le déteste comme Dieu le déteste, ceci est obligatoire.
  • Qu’on n’accuse pas la personne diffamée, car Dieu dit : « O vous les croyants ! Évitez de trop douter (sur autrui) car une partie des doutes sont péché. Et n’espionnez pas ; et ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? (Non !) vous en aurez horreur. Et craignez Dieu. Car Dieu est Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux.» (les appartements 12) donc, il suffit de douter de son frère pour être assimilé à un mangeur de chaire humaine, ce sera pire si on diffame contre lui.
  • Qu’on n’espionne pas suite à une calomnie contre quelqu’un car Dieu a dit : « n’espionnez pas…» verset ci-dessus.
  • Qu’on ne raconte pas l’information qu’on a reçue pour ne pas tomber dans la calomnie Dieu dit : « ne médisez pas…». Ghazâly dit : un homme a informé le Calife Omar Ibn Abd Al-Azîz sur quelqu’un. Omar lui a dit : sache que si tu es déjà un pervers en vertu du verset : « si un pervers vous vient avec une information, examinez-la…» et si on trouve que tu mens tu es concerné par ce verset : «…grand diffamateur, grand colporteur de médisance…» (la plume 11). Mais si tu vaux mieux que cela, ne colporte jamais et on te pardonne. L’informateur répond : pardonne-moi ô commandeur des croyants, je ne colporte plus jamais.
    Les maitres spirituels disent : « la diffamation du diffamateur est plus grave que les actes de Satan, car Satan se cache en commettant le mal et lui il persiste dans la diffamation». Le comble de tout cela c’est que plus on calomnie quelqu’un plus il prendra de nos hassanat/ récompenses, jusqu’à épuisement total. Ensuite on sera mis au châtiment, comme dit le Prophète (sws). Et le Coran affirme : « quand vous colportiez la nouvelle avec vos langues et disiez de vos bouches ce dont vous n’aviez aucun savoir; et vous le comptiez comme insignifiant alors qu’auprès d’Allah cela est énorme.» (Lumière 15). Louange à Dieu et que la prière soit sur ses messagers.


    Ceci dit, je peux maintenant répondre à mon questionneur, François, qui m’écrit gentiment sur mon blog :
    « On vous présente sur Méta TV comme islamologue. Je souhaiterai simplement vous poser 2 questions :
    Dans quelle université ou auprès de quel savant avez vous étudier ?
    Etes vous arabophone (je parle ici d’arabe littéraire et non pas du dialectale marocain) ? Bref pensez vous être en mesure de parler d’Islam au grand public?
    Je tiens à vous dire que j’ai beaucoup apprécier les émissions dans lesquelles vous avez reçu Oméro Marongiu et Eric Geoffroy.
    Je ne doute pas de vos intentions, bien au contraire, mais n’êtes vous pas en train de desservir votre cause en prenant la parole sur des sujets que vous ne maitrisez pas forcement.(pour ce qui est du voile, votre analyse me parait être un copier coller un peu hésitant des idées de Tareq Oubrou et Oméro Marongiu, deux personnes que j’apprécie particulièrement).
    En Fait une troisième question me vient à l’esprit :
    Pensez vous avoir le bagage nécessaire pour défendre vos idées devant un savant ou un théologien qui serait en désaccord avec ces positions?

Qu’Allah vous benisse »

Ma réponse :
Bonjour François

Pour commencer, je vous remercie pour votre commentaire et pour votre intérêt pour mes deux émissions « Islam & Spiritualités » que vous avez regardées et appréciées et pour la critique de mon intervention chez MetaTV. C’est l’occasion de répondre aussi pour les internautes qui s’interrogent comme vous et pour mes détracteurs. Ce qui suit est un droit de réponse. Je vais donc vous répondre au mieux à vos questions pour dissiper vos doutes. J’ai lu que vous me questionnez sur cinq points et non pas trois :

  1. Dans quelle université ou auprès de quel savant avez vous étudier ?
  2. Etes vous arabophone (je parle ici d’arabe littéraire et non pas du dialectale marocain) ?
  3. Bref pensez vous être en mesure de parler d’Islam au grand public?
  4. mais n’êtes vous pas en train de desservir votre cause en prenant la parole sur des sujets que vous ne maitrisez pas forcement (NDLR : j’imagine que c’est à propos du voile)
  5. Pensez vous avoir le bagage nécessaire pour défendre vos idées devant un savant ou un théologien qui serait en désaccord avec ces positions?

1) J’ai entrepris ma recherche sur l’islam depuis mon adolescence. Je n’ignore pas qu’il faut plus d’une vie pour étudier l’Islam (je parle de la civilisation historique, la religion, les cultures et les communautés musulmanes), je chemine donc depuis plus de 30 ans et il m’arrive à force d’étude et d’expérience de déconstruire certaines certitudes ! J’ai sanctionné mes connaissances à l’Institut International de la Pensée Islamique (l’IIIT France) où j’ai étudié jusqu’en deuxième année de Master, non achevé hélas, l’institut étant fermé avant la fin du 1er semestre! Cela ne m’a certes, pas empêchée de poursuivre mes recherches. Leur site internet se représentait ainsi :

« L’Institut International de la Pensée Islamique (IIIT) est une institution de recherche, indépendante, de type académique et culturel, spécialisée dans les questions relevant de la pensée islamique contemporaine. L’Institut a été fondé aux Etats Unis d’Amérique en 1981, après une décennie de travail en réseau interdisciplinaire, qui avait rassemblé des penseurs et chercheurs de cultures musulmanes au sein de l’AMSS (Association of Muslim Social Scientists).L’IIIT possède des représentations et des bureaux dans plusieurs capitales à travers le monde, et ce dans le but de mettre en oeuvre ses activités et ses programmes. L’IIIT France a ouvert ses locaux parisiens en 2000. Il a commencé à tisser des liens privilégiés avec les différentes strates du monde universitaire, de la société civile, et de l’islam de France »

http://www.saphirnews.com/agenda/Licence-d-etudes-islamiques-interdisciplinaires_ae30632.html

Parallèlement je suis diplômée en journalisme (IPJ) donc le titre d’islamologue, je ne l’ai pas volé, je vous rassure !

J’ai aussi complété l’Ijaza (Licence en sciences Islamiques Interdisciplinaires) d’un diplôme en Sociologie de l’Islam aux USA, à Washington. Ainsi indiqué sur le site d’IIIT Fairfax Institute USA « completed an intensive certificate program on History and Sociology of Islam in America at The Fairfax Institute at IIIT » : http://www.iiit.org/NewsEvents/News/tabid/62/ArticleType/ArticleView/ArticleID/129/PageID/121/Default.aspx

Quelques sources pour aiguiser votre curiosité, et si vous ne connaissez pas l’institut réputé à travers le monde, voici un lien trouvé sur le site-siège aux Etats-Unis à Washington : http://www.iiit.org/NewsEvents/News/tabid/62/articleType/ArticleView/articleId/75/IIIT-France-Center-of-Scholarly-Meetings.aspx
(sur la photo en haut à droite, je figure 9ème en partant de la gauche)

Les savants, de qui j’ai pris ma science, sont très éclectiques, c’était justement la visée recherchée pour l’enseignement des sciences islamiques interdisciplinaires dispensé à IIIT France :
Mes professeurs dont de nombreux savants en sciences islamiques sont : le Professeur Eric Geoffroy surtout pour le sufisme, la civilisation arabo-musulmane et les courants de pensée en islam entre autres ; Dr. Tahar Mahdi en Fiqh, science des Hadith, science du Coran qui sont l’exégèse, l’herméneutique, la Sira/biographie du Prophète (sws) ; Dr Mestiri en ‘Aqida/Dogme et Ethique islamique, courants de pensée en Islam, philosophie Islamique et aussi Mahbouba Merchaoui pour les mêmes matières (oui j’ai aussi apprécié d’apprendre la science d’une femme !). J’ai eu l’honneur durant plus de quatre ans et surtout la chance suivre un autre son de cloche très différent de ce qu’on apprend ailleurs et Ô combien riche, grâce à notre regretté et grand spécialiste des langues sémitiques, l’historien Mahmoud Azab (RahimouAllah), décédé le 29 juin 2014. Il avait terminé sa carrière auprès du grand Mufti d’Al Azhar (Egypte) en tant que conseiller pour le Dialogue entre les peuples. Je pense souvent à lui et à notre grand philosophe et amoureux de la Liberté, Dr Redha Chaïbi (RahimouAllah) qui nous a enseigné « Aux sources philosophiques de la pensée Occidentale » et la civilisation arabo-musulmane, aussi décédé le 21 oct. 2010. J’avais d’ailleurs dédié un hommage, publié deux fois et à lire ici en pdf ou en version numérique, si vous le voulez bien ici : http://www.lescahiersdelislam.fr/Hommage-au-professeur-Ridha-Chaibi-m-2010_a495.html

Nous avons appris aussi de Ghaleb Bencheikh, du regretté Mohamed Arkoun (RahimouAllah) pour l’histoire et les courants de pensée en Islam, Tareq Oubrou pour la spiritualité, (séminaires), pour la socio-politique du monde arabo-musulman : Elyamine Soum et la sociologie Elyamine Settoum… Et pour les non-musulmans, nous avons suivi les séminaires de Franck Frégosi, Raphaël Logier, Bernard Reber du CNRS : http://cerses.shs.univ-paris5.fr/spip.php?article113
Je ne peux pas énumérer ici, tous les professeurs qui se sont dévoués pour nous former à la pensée islamique et au monde contemporain, ils sont nombreux et nous leur seront toujours aussi reconnaissants.

2) Pour la langue arabe, j’ai évidemment sanctionné, durant le même cursus, un peu plus de quatre années la langue et littérature arabo-musulmane, accentuée sur l’arabe coranique puisque c’est au travers du Noble Coran que l’enseignement se dispensait et sur la poésie arabe. Je suis donc arabisante, c’est-à-dire que je peux lire dans le Texte pour mes études. Sachez François, qu’il n’est pas obligatoire maîtriser l’arabe et d’être né arabophone ou Musulman pour comprendre les Textes scripturaires de l’Islam, tant que le scientifique s’accommode de plusieurs traductions (français/anglais/allemand) pour se référer aux Textes arabes ; tant qu’il garde une distance nécessaire pour être objectif dans sa recherche pour la vérité.

3) Etre en mesure de parler au grand public ? Je pense que c’est une obligation pour tout(e) Musulman(e) de transmettre le savoir qu’il a reçu et faire part de son Ijtihad et de sa critique. Si un savoir est caché, on devient Kufâr, selon la définition de Jacques Berques (Kufâr venant de la racine « K F R » et du verbe « kafara » signifiant « occulter », « cacher », « couvrir » la vérité de façon volontaire ou dé-négateur, celui qui se refuse à reconnaître la Vérité)

4) Desservir ma cause en parlant de sujet que je ne maîtriserais pas forcément ? J’ai répondu durant trois heures et demi sur des thèmes aussi divers qui demanderaient justement d’être développés un par un durant une seule émission. J’ai parlé pour un grand public, je ne voulais pas les inonder de versets de Coran avec leur références, ni détailler chaque article de foi ou de fiqh, encore moins leur parler l’arabe qu’ils ne connaissent pas. Cela n’aurait pas intéressé les non-Musulmans. Concernant les Musulmans, je sais que beaucoup ne donnent de l’importance à l’apparence du savoir (réciter des versets du Coran à tout va) et à l’apparence du (de la) Musulman(e) (femme voilée ou homme à barbe). Mais ne s’attarde jamais sur l’étude des terminologies, la philologie, ou sur l’histoire académique, ni sur les circonstances de révélation (asbab al nuzul). Les Musulmans, dans l’écrasante majorité n’étudient pas les autres corpus (Torah et Évangile) ni les écrits de leurs théologiens (chrétiens et juifs) qui, pourtant font partie du même Livre, c’est pourtant primordiale pour saisir la Révélation et reconnaître qu’avec les gens du Livre nous sommes interdépendants pour la compréhension de la Parole de Dieu.
Dans l’Evangile, Jésus, le Messie (paix sur lui) nous dit : « Gardez-vous des faux prophètes (j’entends ici les gens qui viennent à moi avec des sermons et des leçons de morale). Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs.

16 Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons?

17 Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits.

18 Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.

19 Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu.

20 C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Ce passage ci-dessus n’est pas en contradiction avec la Parole coranique, il va même la compléter avec harmonie. Quel dommage que la plupart des gens n’en sont pas conscients !

Il est évident pour moi que les œuvres des Hommes ont dépassé largement le cadre du Coran et de la Sunna du Prophète (sws). Passer sa vie à apprendre « par cœur » les versets coraniques et les Hadith prennent beaucoup de temps et fait l’impasse sur la compréhension du texte coranique et du modèle du Prophète (sws).

Al Farabi dit que la compréhension du Coran doit passer avant le « par cœur » du Coran car il vise à : « graver le sens de ces expressions dans l’âme de l’auditeur […] Mieux vaut comprendre car la mémorisation s’applique davantage aux mots et expressions, c’est-à-dire aux détails […] ce qui est infini ou presque et n’a guère d’utilité ni pour les individus ni pour les catégories […] Quant à la compréhension, elle se préoccupe du sens, des universaux, des lois — choses limitées, finies et qui sont les mêmes pour tous. Celui qui s’engage dans cette voie y trouve profit. De même, dans les activités qui lui sont spécifiques comme l’analogie, l’organisation, la politique et la prévision des conséquences, si l’être humain devait n’apprendre que les détails, il ne serait pas à l’abri de l’erreur […] En revanche, celui qui s’appuie sur les principes et les concepts généraux et à qui on expose quelque chose peut se référer à ce qu’il a compris des principes et comparer ceci à cela. Il est donc clair que la compréhension est préférable à la mémorisation. »

Enfin dans votre dernière analyse quand vous dîtes : « n’êtes vous pas en train de desservir votre cause en prenant la parole sur des sujets que vous ne maîtrisez pas forcement (pour ce qui est du voile, votre analyse me parait être un copier coller un peu hésitant des idées de Tareq Oubrou et Oméro Marongiu…) »

Comment pouvez-vous me dire cela ? Je travaille le concept du voile dans les Usuls, les Hadith, les chroniques et l’histoire y compris pour l’angle politique contemporain, depuis 1995 ! J’ai soutenu mon mémoire devant des sommités de la pensée islamique, justement sur un sujet qui aurait pu desservir ma note : « Le voile « islamique » : Critique historico-juridique de la Tradition, de l’Exégèse au Maqasid al Shari’a ». Pourtant, j’avais bien fait ! Bien au contraire de mes craintes, mon travail a été salué par tous y compris par le plus de rigueur sur le voile, Dr Tahar Mahdi, Imam et Faqih, membre du Comité de la Fatwa européenne. J’ai eu 18/20. Il suffit de lui demander !

J’ai en effet paru hésitante sur la partie du « voile » dans ma vidéo n°4 pour différentes raisons :
A) je venais de passer 3 h 15, en direct, à répondre aux questions de TEPA avec à peine trois pause de quelques minutes. Il était minuit quinze, j’étais épuisée (ça se voit d’ailleurs, je peine et ma mémoire me faisait défaut) et on me demande de répondre sur le voile en un temps record à propos d’un sujet sensible ! J’ai bien sentie le piège…
B) Mon livre est en contrat d’édition et donc je ne peux pas divulguer toute ma recherche… Je vous laisse le soin d’attendre sa publication, pour lire mes recherches.

Au moment de de l’interview que Mr Oubrou a donné au Monde, il n’avait pas à ce moment là, divulgué sa recherche et d’ailleurs, je n’ai lu ou entendu un développement de ses recherches sur le voile, ailleurs que sur la radio webTV EDC. Il existe, à ma connaissance, que l’émission d’Islam et Spiritualités que j’ai produite et réalisée, dans laquelle justement, j’ai pu le questionner à ce sujet. Vous ne devez pas avoir regardé mon interview avec Tareq Oubrou ?! La voici et ouvrez bien vos oreilles. Il était difficile avec Mr Oubrou, que je respecte beaucoup, d’en placer une et de développer mon raisonnement. Mais je salue son courage d’évoquer ce sujet tabou, tellement tabou que si quelqu’un ose le faire, il est vite catalogué « en dehors du consensus » ou « d’ignorant » alors que justement, le voile est un sujet de divergence depuis plus de 14 siècles.

Il était donc justement question du voile avec Monsieur Oubrou mais il ne voulait pas que l’on s’éternise là-dessus :

Et je le comprends !  C’est de suite l’anathème par une horde d’excités s’empressant de nous critiquer méchamment sans même tenter de poser publiquement la question ou d’en débattre sereinement. Ce n’est pas dignes des Musulmans des premiers siècles qui étaient eux très ouverts à l’éthique du désaccord. Beaucoup se sont défoulés sur mes vidéos de MetaTV. Je les remercie, pour les hassanat et la pub qu’ils me font, puisque c’est à vocation d’être vue par le grand monde…

6) Je conclue, enfin, avec votre cinquième question : « Pensez vous avoir le bagage nécessaire pour défendre vos idées devant un savant ou un théologien qui serait en désaccord avec ces positions ? » :
Je vous laisse le soin de deviner après tout, j’ai déjà répondu plus haut. Je peux seulement vous dire que je ne suis pas assez sotte pour ignorer ce qui m’attend quand je défends mes idées. J’ai juste l’assurance de mon travail et que Seul Dieu est mon juge.

Ais-je répondu comme vous l’attendiez ?

Que Dieu vous bénisse aussi.

Fraternellement,

Marika

Tareq OUBROU sera l’invité du jeudi 28 février 2013

T OUBROU PROMO LIVREJ’ai le plaisir d’inviter l’imam de la Grande Mosquée de Bordeaux, ce jeudi 28 février dans l’émission Islam et Spiritualités. Exceptionnellement l’émission sera diffusée ce jeudi 28 février de 10h à 12h.

Tarek Oubrou interviendra sur la question du « Voile » (« islamique ») et sur ses positions, en tant que théologien. Nous traiterons aussi d’autres questions liées à l’islam de France.

Ecoutez-nous en direct sur la Radio Web Tv, sur ce lien :
http://edc.radio.free.fr/

REPLAY DE L’EMISSION SUR CE LIEN : http://edc.radio.free.fr/edc/radio/emission/emi_show.php?emi=isspi&date=2013-02-28&type=B

Tareq Oubrou, est un imam français, d’origine marocaine, investi dans la communauté musulmane depuis ses 19 ans. Autodidacte, il entame une recherche approfondie des sciences religieuses, ce qui lui permet d’être reconnu par ses pairs. Il s’impose par ses positions audacieuses et novatrices comparées à ses coreligionnaires.  Il pratique l’effort d’interprétation, (‘l’Ijtihad étant la troisième source du droit musulman). et se fait remarquer par ses concepts novateurs, sa profonde érudition et son français châtié.

Il a publié plusieurs livres :

  • L’Unicité de Dieu. Des Noms et Attributs divins (opuscule 1/10), Tareq Oubrou,éditions Bayane, 2006. 9782227485327
  • Loi d’Allah, loi des hommes. Liberté, égalités et femmes en islam, Tareq Oubrou avec Leïla Babès, Albin Michel, 2002.
  • Profession imâm, Albin Michel, 2009.  
  • Un imam en colère, entretien avec Samuel Lieven, Bayard, 2012

Chevalier de la légion d’honneur, le 1er janvier 2013.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Tareq_Oubrou

Procédure pour nous écouter en direct et participer en live :

sur ce lien pour nous écouter et nous voir en direct  : http://edc.radio.free.fr/
Nous vous attendons nombreux pour interagir, en direct, sur notre WebTVRadio Etoiles du Coeur en envoyant vos questions écrites pour Tareq OUBROU, à cette adresse :  etoilesducoeur@gmail.com ou  encore mieux, participer  en direct en posant vos questions pendant l’émission sur ma page Facebook publique :

 FB ou celle de Jean-Claude Carton : FB 

Vous pouvez aussi continuer le débat sur le  http://carton.jeanclaude.free.fr/phpBB3/viewforum.php?f=49 :

A Jeudi (exceptionnellement) ! Vendredi 1er et 8 mars, il n’y aura pas d’émission, la prochaine sera diffusée le 15 mars 2013 avec un autre invité surprise !

Marika

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LA SUNNA DU PROPHETE

LA SUNNA DU PROPHETE

Entretien avec Marika El HAKI à propos de la Sunna, deuxième source de loi, dans la jurisprudence islamique. Publié dans le journal La Plume de l’Est de février 2013. (Cliquer sur la calligraphie de Hassan Massoudy, pour lire l’article)

Légende de la Caligraphie : « Without roots, a tree cannot stand ».

LE FONCTIONNEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE CONTEMPORAINE

Vidéo replay de l’émission du 25 janvier 2013 . Marika recevait Beddy Ebnou, un spécialiste de la finace islamique, cliquer sur ce lien : http://edc.radio.free.fr/edc/radio/emission/emi_show.php?emi=isspi&date=2013-01-25&type=B

La finance islamique contemporaine est née dans les années 1970, suite à la première crise pétrolière. En 2005, le FMI récence 300 institutions financières islamiques dans plus de 75 pays. Elle représente quelques 500 Md$ en 2007. Son marché, s’élève à 1000 Md$ aujourd’hui. Le Financial Times, souligne que dans de nombreux pays musulmans, les institutions islamiques sont souvent les plus dynamiques et les plus innovantes[1].

Le système financier islamique est néanmoins plus ancien. Le premier pays à tenter une alternative viable aux banques conventionnelles, par la non pratique de l’intérêt (l’un des principes fondamentaux de la législation islamique), fut le Pakistan, en 1950. Ces essais furent prématurés car la notion de rémunération du capital était absente. Il faudra attendre 1979 pour que ce pays intègre le processus d’islamisation de l’économie graduellement, en trois ans. La grande réforme du système bancaire était : i) l’introduction de la Zakat et du Ushr[2], ii) l’élimination graduelle de l’intérêt en substituant un système de partage des profits et des pertes (PLS).

En 1960 et 1970, l’Iran , à son tour, a tenté l’expérience de la non pratique de l’intérêt. Ces organismes privés, informels n’ont pas pu se développer car la rémunération des prêts sans intérêts ne permettait pas leur développement. La révolution de 1979 y a attaché beaucoup d’importance mais la tentative s’est soldée par un échec à cause du gel des avoirs iraniens par les Etats Unis et de la guerre en Irak. Ce n’est qu’en mars 1983, qu’une loi parlementaire a été votée pour l’application de l’interdiction de la pratique de l’intérêt[3]

Après cette rapide chronologie de la finance islamique contemporaine, nous entrerons dans les conditions qui rendent valides toutes les transactions de cette finance, ce qui fera l’objet de notre premier chapitre; dans le chapitre II, nous parlerons du mécanisme de la Sharia’a board (Madjliss El I’Atimad) qui permet la conformité des instruments financiers avec la Shari’a et enfin, dans le dernier chapitre, nous nous attacherons à illustrer ces conditions par la présentation des différents instruments islamiques (Shari’a compliant) en les comparant parfois avec la finance dite capitaliste ou conventionnelle.

I        LES PRINCIPES DE LA FINANCE ISLAMIQUE

Ii) Les piliers de la finance islamique :

Tous les produits islamiques doivent être validés par un conseil de conformité à la Shari’a. Ils doivent respecter les cinq piliers suivants dans toutes les transactions :

1°        Interdiction de l’intérêt (riba) ;

2°        Partage des pertes et des profits entre les parties ;

3°        L’’incertitude (gharar) due à toute spéculation est proscrite ;

4°        Toute transaction doit être garantie par un actif identifiable et palpable

5°        Interdiction d’investir dans l’alcool, le porc, la pornographie, les casinos et de tout autre spéculation avec des produits ou services jugés intolérables par la Shari’a. C’est en référence au Hadith de Jabir qui rapporte que le Prophète a dit : « Dieu a interdit de vendre le vin, la bête morte, le porc et les idoles. Et la vente de la graisse animale demandaient les compagnons ? C’est interdit également répondit le Prophète. ».

Il est impératif, pour respecter les piliers n°3 et 4, que l’objet du contrat soit transférable à son deuxième propriétaire. En exemple, on ne pourra vendre  les poissons dans un lac d’un autre endroit. L’objet doit être palpable et identifiable. La règle qui fait la loi est une analogie par le texte (el hukm al qiyassi) par le Hadith suivant : “le Prophète a dit « ne vends pas et n’achète pas ce tu ne vois pas. N’achetez pas le poisson dans l’eau car sa quantité est indéterminée”. Cette analogie a été portée sur toute transaction qui se situe sur les mêmes caractéristiques. En conséquence pour qu’une transaction soit valide, elle doit être garantie par un actif identifiable et palpable. La finalité de cette interdiction porte sur la vente à risque (bay’ gharar) parce qu’elle peut léser celui qui en hérite. Dans le cas où cette vente a quand même lieu, un autre Hadith limite le risque : Abou hourayra a dit : « j’ai entendu le prophète dire celui qui achète un produit sans le voir, aura le choix de prendre ou de laisser, lorsqu’il le verra ». Les juristes ont toutefois reconnu par nécessité, la validité de certains produits non palpables (le gaz et  l’hydrocarbure).

La finalité juridique représente une validité permanente de la conformité des produits. C’est la Shari’a qui en a la charge pour décréter que telle ou telle transaction ne porte pas atteinte aux principes de la Shari’a.

Iii) Les objectifs de la Shari’a et la finalité juridique

La finance islamique est donc une réponse à la fois aux besoins économiques et à la religiosité. Pour être fidèle à ces exigences éthiques, la Shari’a est la « voie », l’accès à la lumière du Coran et de la Sunna. Les prescriptions légales auxquelles les musulmans doivent se soumettre sont aussi bien dans le domaine de la croyance (‘ibadat) que dans le domaine social (mu‘amalat). C’est sur ce dernier que la finance islamique repose. La finalité juridique de cette Shari’a est de repousser le mal et de favoriser le bien, comme le Coran et de la Sunna le préconise.

L’imam abu Hamid al-Ghazali[4] en décrit les contours : «La nature même de l’objectif de la Shari’a est de promouvoir le bien-être de la population, qui réside dans la sauvegarde de leur foi, leur vie, leur intelligence, leur prospérité et leur richesse. Quelle que soit la manière, il est souhaitable sur la base de ces cinq principes d’en assurer l’application afin de servir l’intérêt public ».

Et après lui, Ibn al-Qayyim[5] : « la base de la Shari’a est la sagesse et le bien-être des gens dans ce monde ainsi que dans l’au-delà. Ce bien-être complet se trouve être dans la justice, la miséricorde, le bien-être et la sagesse. Tout ce qui s’écarte de la justice par  l’oppression, de la miséricorde par la dureté, du bien-être par la misère et de la sagesse par la folie, n’a rien à voir avec la Shari’a ».

L’Islam interdit explicitement la pratique de l’intérêt ou Riba qui se justifie par des preuves scripturaires dans le Coran et la sunna comme en témoigne le verset 275 Sourate II : «Dieu a rendu licite la vente et a rendu illicite l’usure» et par ce hadith rapporté de Jabir : « le messager d‘Allah a maudit celui qui se nourrit d‘usure, celui qui produit, celui qui enregistre et celui qui sert de témoin. Il a dit qu‘ils sont tous pareils.[6] ».

Compte tenu de tout ce qui a été dit une question s’impose :

En l’absence du taux d’intérêt, comment fonctionne donc la rémunération du capital financier ?

Iiii) La monnaie :

a) Règle juridique :

La monnaie, n’est, du point de vue islamique, qu’un simple intermédiaire et instrument de mesure dans les échanges de produits. A ce niveau elle ne peut générer de la monnaie mais doit servir, dans les transactions financières, comme moyen d’échange tout en ayant une fonction de réserve de valeur. En revanche, elle ne peut produire de surplus que dans la mesure où elle est transformée préalablement en bien réel et non pas virtuel.

b) Fonction de la monnaie :

Sa fonction se réfère aux textes coraniques et aux écrits des juristes musulmans : la monnaie doit servir à :                                     a) un moyen d’échange, b) une unité de compte, c) une réserve de valeur[7]. La monnaie dans la conception juridique qui est légalement l’or et l’argent, s’est substituée depuis des siècles par de la monnaie de papier et scripturale. Cet état de chose a suscité chez les savants et penseurs musulmans contemporains[8] , de nouvelles interrogations et des divergences de points de vues. De ce fait la monnaie contemporaine dite « conventionnelle » a perdu sa fonction de réserve de valeur à cause du risque de dévaluation du papier-monnaie et cause l‘inflation qui touche surtout les pays sous développés. L’or et l’argent font donc l’objet de traitements particuliers chez les juristes musulmans du fait de leur stabilité relative en opposition aux multiple fluctuations de la monnaie-papier.

c) Vers une nouvelle monnaie islamique ?

Les juristes musulmans ont élaboré des concepts, avec des divergences néanmoins mais continuent d’explorer de nouvelles voies pour trouver une unité de « valeur islamique »  » plus stable » qui permettrait dans les transactions à terme et les prêts à taux « 0 » (Qard al-Hassan) de ne pas léser le créancier en cas d’inflation et prémunir ce dernier contre les fluctuations. Cette monnaie existe déjà dans le cas de la Banque Islamique de Développement. Son unité de valeur est le Dinar Islamique équivalant à un (01)D.S.T[9] du Fonds Monétaire International. Cette unité de valeur permet le principe de compensation et préserve de la dévaluation de la monnaie. Cette méthode a été reconnue par les juristes contemporains grâce au principe de compensation élaboré par deux hanafites : abu Youcef et Mohammed  b. al Hassan Chibani suite à l’introduction de « foulous » (monnaie en cuivre) du temps des ‘Abassides. Ce moyen d’échange perdit énormément de leur valeurs, alors que l’or et l’argent gardait une valeur stable. La solution proposée d’abu Youcef et de Mohammed b. al H. Chibani fut de lier les dettes contractés en foulous à leur équivalent en or, le jour de la transaction. Cela permit au débiteur de rembourser en or sa dette en foulous. Cette idée est défendu par Yousri qui recommande d’élargir cette pratique pour toute la finance islamique.

Il a donc été établi un cadre réglementaire pour le respect de ces principes.

II       LE MECANISME (CADRE DE CONFORMITE DE LA SHARI’A)

IIi-    Les conditions & règlementation :

Suivant les conditions énoncées précédemment, pour assurer le respect de la Shari’a, la plupart des pays ont adopté la réglementation des institutions islamiques. Cette réglementation se compose de quatre approches majeures :

1.         Les produits sont normalisés et définis par le gouvernement,

2.         Que ces produits soient approuvés par le conseil de la Shari’a (Shari’a board) de l’autorité de régulation ;

3.         Les produits doivent être basés sur les normes de la Shari’a internationale et adoptés par les autorités réglementaires ;

4.         Les produits doivent être approuvés par les conseils de surveillance de la Shari’a des institutions financières respectives.

Un cadre de conformité de la Shari’a est donc essentiel pour le succès de l’industrie des services financiers islamiques, il est nécessaire de maintenir la confiance des déposants et des autres parties prenantes dans les offres de la finance islamique. La réglementation des Institutions islamiques du Pakistan en est un bon exemple.

IIii     Cas de conformité du Pakistan

Le Pakistan possède un mécanisme financier conforme à la Shari’a. Celui-ci se compose de :

i) un conseil de la Shari’a à la Banque Centrale du Pakistan , ii) des conseils de surveillance au respect de la Shari’a dans toutes les banques qui offrent des services financiers islamiques iii) instructions et directives pour la conformité à la Shari’a, iv) inspection dans chaque banque pour sa conformité.

Quand les produits ont respecté ces principes, on peut alors avoir une finance « saine » et des produits financiers diversifiés attractives dont les différents contrats seront présentés dans ce dernier chapitre.

III      LES DIFFERENTS INSTRUMENTS FINANCIERS ISLAMIQUES (Shari’a compliant)

Une fois les produits passés au scripte  par le conseil de surveillance de la Shari’a, ils seront lancés sur le marché. Nous savons que l’intérêt est proscrit mais que les transactions avec bénéfices sont  licites, que la monnaie ne peut générer de la monnaie. Alors comment créer une marge bancaire conforme à la Shari’a ?

Sukuk : c’est un produit obligataire qui est à la finance islamique ce que les Asset Backed Securities (ABS) sont à la finance conventionnelle. Il a une échéance fixée d’avance et est adossé à un actif permettant de rémunérer le placement en contournant le principe de l’intérêt. Les Sukuk sont structurés de telle sorte que leurs détenteurs courent un risque de crédit et reçoivent une part de profit et non un intérêt fixe, commun à l’avance comme dans un ABS. Les produits dérivés des Sukuk peuvent être représentés par des contrats tels l’Ijara, la Musharaka ou la Mudharaba. On peut d’ors et déjà remarquer que le volume de Sukuk émis et noté ainsi que le nombre de banques islamiques ont augmenté rapidement depuis ces deux dernières années.

IIIi)   Les financements à long terme

Mudharaba : c’est un contrat entre une institution financière et une entreprise. La première agissant comme bailleur de fonds « commanditaire ou rab al mal» et la seconde comme manager « commandité ou Mudharib», pour investir dans une activité ou une classe d’actif prédéterminée qui profite selon un pourcentage déterminé à l’avance entre les deux parties du contrat au moment de l’investissement. Le Mudharib ne supporte pas les pertes. Dans ce type de contrat la perte financière incombe au pourvoyeur de fond. Le Mudharib ne perd que le fruit de son travail et le temps qu’il a passé à investir dans l’entreprise. Il ne touche aucun salaire car il est considéré comme un véritable partenaire, sa rémunération étant le partage de profits générés par sa recherche d’investissement.

Musharaka ou partenaire actif : Dans ce contrat il existe deux ou plusieurs parties qui participent au financement d’un projet d’investissement. Il consiste en le partage des profits mais aussi des pertes. Solidairement les contractants acceptent le risque du partage des pertes dues aux aléas incertains de l’avenir (gharar). Il existe d’autres sous contrat à ces  Musharaka :

a) La Musharaka continue : Les parties en tant que partenaires entre une institution financière et une ou plusieurs entreprises, dès le début, acceptent de mener ensembles le projet jusqu’au terme du contrat. L’entreprise supporte, s’il y a perte, une part proportionnelle du capital investi. Le pourvoyeur (la banque) est tout aussi responsable, il est directement impliqué dans sa gestion du projet.

b) La Musharaka dégressive : Ce contrat évite que la banque reste indéfiniment partenaire avec tous les clients car son rôle d’intermédiaire financier conssent à vendre sa part après une période donnée. La banque promeut ainsi l’investissement des entrepreneurs et leur vient en aide. L’investisseur acquière la part au moment où le projet génère un cash-flow suffisant et la banque récupérera ses fonds pour financer d’autres projets, en minimisant son « business risk ». Le client récupérera un maximum de profit qui pourra être ainsi coté sur le marché financier. Même si l’institution financière se retire au moment de la maturité du projet, le système financier islamique lui permet de compenser le manque à gagner de la Musharaka dégressive et de financer ses propres projets dans lesquels elle profitera de la totalité des gains. C’est « l’investissement direct », si les moyens lui permettent, elle n’aura besoin d’aucun intermédiaire. C’est le cas des banques dans le Golfe qui investissent dans le secteur de l’immobilier. Le « Kuwait Finance House », s’est doté de moyens humains et matériels considérables, pour investir dans le plus grand centre commercial, en plein centre de la Capitale koweitienne.

Dans le cas ou le partage du profit  ne peut se faire comme pour les crédits à la consommation ou le financement du fond de roulement, les banques proposent d’autres services de financement comme  l’Ijara, la Murabaha, le Baï as-Salam, le Baï’ al Tadjil, le Qard al Hassan etc.

IIIii)  Les Financements à moyen terme

L’Ijara : C’est un contrat d’achat par lequel une institution financière achète un équipement ou une propriété et le loue en crédit-bail à une entreprise. On peut le traduire par financement de location. La durée de cette location peut variée suivant la nature de l’objet et selon le besoin du client. La banque peut reprendre son bien et le mettre à la disposition d’un autre client. C’est une alternative aux  prêts avec intérêt que les banques (aux méthodes capitalistes) traditionnelles mettent à disposition de leurs clients en prêt d’argent. En effet dans l’Ijara, on entre dans la catégorie du leasing conventionnel ou le crédit-bail.

L’institution financière n’avance pas d’argent, elle prête l’équipement au besoin du client qui paie régulièrement un loyer jusqu’au terme du contrat. Pour illustrer le cas de l’Ijara, on peut citer l’exemple d’un logement que la banque a construit pour en devenir propriétaire. Elle le mettra à disposition de son client.  L’Ijara peut prendre la forme d’Ijara-Wa-Iktina ce qui  veut dire crédit-bail avec promesse d’achat (par le client) à la fin du contrat. Dans l’exemple du logement, la banque n’a pas vocation d’être propriétaire indéfiniment mais a plutôt le rôle d’intermédiaire financier. Pour cette raison, elle utilisera cette autre forme de contrat que l’on peut rapprocher au crédit-bail ou encore au « hire purchase » pratiquée aux Etats-Unis. A la différence, la banque n’est pas autorisée à facturer des intérêts si le client manque à ses engagements de paiements. Mais le client paiera une somme supérieure à la somme allouée pour la location de lIjara simple. Au loyer s’ajoute l’annuité comprenant le prix payé par le client du bien loué dont il deviendra propriétaire. La troisième variante de l’Ijara est l’Ijara avec Musharaka décroissante. Ce contrat peut être utilisé pour l’achat d’immobilier. La part de l’institution financière dans le bien loué diminue avec les paiements de capital que le client effectue en sus du paiement des loyers. L’objectif étant, à terme, le transfert de propriété du bien vers le client.

Murabaha ou financement commerciale avec marge bénéficiaire : Plus particulièrement utilisé dans les opérations de commerce intérieur et extérieur. La banque achète les matières premières, des produits, marchandises ou équipements divers et les revend avec une marge bénéficiaire. Le paiement peut se faire au comptant mais le plus souvent il est à terme. Le client devient propriétaire de la marchandise seulement au moment où il a honoré toutes ses échéances. Le risque pour la banque est minimisé du fait que sa  marge bénéficiaire est fixée d’avance et avec l’accord du client. Au contraire de l’intérêt bancaire qui varie en fonction du montant et du retard, dans le contrat Murabaha, la banque ne pourra pas majorer sa marge, en cas de  non paiement du client, dans les délais prévus.

Le bien fondé de la banque islamique « n’écrase » pas le client en cas de difficulté car elle doit respecter le verset suivant « A qui est dans la gêne, sursis jusqu’à l’aisance »[10]. Pour les abus de non solvabilité du client, les banques peuvent leur refuser un nouveau financement et les enregistrer dans un système de communication intra-bancaire comme cela se fait déjà dans les banques des pays développés. Ainsi, le « mauvais client » se verra refuser un financement dans d’autres banques.

IIIiii) Les Financements à court terme

Baï bi-Tadjil ou vente à règlement différé : c’est un prêt à la consommation, ce contrat à la différence de celui de la Murabaha n’a pas de partage de résultats et ne peut se conclure qu’avec des particuliers. Le client demande à la banque d’acheter un bien déterminé qu’il s’engage à acheter à une échéance donnée.

Baï as-Salam : ou achat avec livraison différée : cas du client qui souhaite acquérir un bien qui n’existe pas dans le marché locale. Il donne l’argent à l’avance à la banque qui se chargera de lui acheter ; ce bien est échangeable en devise pour le remettre à son client (car la monnaie locale reste non convertible). La banque dans ce cas n’opère pas de financement mais octroie un service.

La vente à terme ou Salam est donc toute vente d’un produit  fixant une livraison en différée mais payé d’avance. Normalement, selon la règle juridique, cette  transaction est interdite parce que le produit rentre dans la catégorie du gharar (vente à risque) car le produit est non palpable en non identifiable au moment du contrat (cf chap. Ii). Mais cette vente a été acceptée par l’Istihsan que l’on traduit par préférence juridique[11]. En effet les juristes se réfèrent à la sunna prophétique qui l’a rendue licite car la pratique était répandue à Médine : « Celui qui pratique le Salam qu’il le fasse en fixant le poids, la mesure et l’échéance.»[12] en préférence à une autre tradition rapporté par le prophète Muhammed (sws) : «Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas »[13]

Il existe dans la finance islamique le prêt à « taux 0 » qu’on appelle Al Qard al-Hassan : L’Islam permet le prêt d’argent à condition de ne recevoir aucun intérêt. C’est pour des raisons morales que le prêteur recourra à ce type de contrat. La récompense est d’ordre religieux. En effet, un Hadith du prophète indique que le prêt sans intérêt est rémunéré, dans l’au-delà, du même montant voire au-delà. L’Islam prévoit néanmoins que le prêteur exige un écrit et des garanties au débiteur.

L‘Istisna‘: c’est un contrat de fabrication d’un produit entre deux personnes. La commande est payée d’avance en totalité ou partiellement.. La règle générale l’interdit parce qu’elle rentre dans la catégorie non identifiable. Mais cette pratique transactionnelle des gens à travers les siècles est tellement répandue que les juristes ont jugé bon de la valider par préférence consensuelle (istihsan).

Pour résumer, lorsque la marge bancaire est générée par un produits ou un services (vente, location, participation ou fabrication), elle devient dès lors licite. Nous avons vu que les tentatives de certains pays musulmans pour instaurer la finance islamique s’est soldée par un échec pour cause de non rémunération du capital. Pour répondre à cette carence il a fallu transformer un système bancaire fondé sur le principe des intérêts en un système fondé sur le partage des profits et des pertes (PLS). Ce principe est à la base même de l’instauration du système financier islamique. C’est la voie pour un système équitable aussi bien pour le déposant que pour l’emprunteurs. Il est à noté que l’innovation de la finance islamiques et le succès de ce système, en conformité avec la Shari’a,  ne sont pas dus uniquement à la crise pétrolière des années 70 ni à l’après 11 septembre 2001, (quand les capitaux du Moyen Orient ont été rapatriés vers leur pays d’origine). C’est grâce aux leçons tirées de l’histoire de la finance islamique, par l’expérience des pays comme le Pakistan, l’Iran mais particulièrement grâce à des pays comme la Malaisie et le Bahrein. Leur rôle ont été reconnus comme  les chefs de file du secteur de la finance islamique contemporaine.  Enfin la finance islamique doit encore son succès grâce à l’institutionnalisation des principes islamiques, dans les transactions financières et commerciales entre les individus par un certain nombre de principes conforme à la législation islamique.

Malgré le dynamisme des banques islamiques, l’état actuel de la pensée économique islamique reste encore faible pour soutenir toutes les implications théoriques que comprennent les mises en pratique des principes de la Shari’a. En effet les banques islamiques « souffrent d’une sous-utilisation des fonds collectés. Le choix d’une stratégie d’investissement s’impose ». Les banquiers doivent acquérir les compétences nécessaires pour investir les fonds collectés. En effet les banquiers sont frileux d’accorder les besoins de financement à long terme aux entreprises. Ils favorisent alors les opérations les moins risquées donc à cours terme qui ne favorisent pas la formation d’un capital national indispensable au développement économique. Les recours aux modes de financement de la Musharaka et de la Mudharaba sont encore trop insuffisants et freinent cette croissance économique. Le risque étant le discrédit de son système bancaire et menace jusqu’à  l’existence par la « désintermédiation » de tout le circuit bancaire et financier.[14]

L’idée d’une monnaie islamique comme unité de valeur est tout aussi importante dans le développement de ce système financier. Toutes les voies sont étudiées pour permettre les remboursement du prêt Qard al-Hassan et des ventes à terme sont encore trop peu utilisés. Cette unité de valeur islamique serait en accord avec la Shari’a pour ne pas léser celui qui l’utilise parce qu’il y a un risque de fluctuations de la monnaie et de sa dévaluation.

Si l’on se réfère à Mohamed Boudjellal[15], il est capital qu’un effort considérable de théorisation soit fait pour le développement d’institutions financières. Il est possible que la crise actuelle et ses milliards d’euros injectés dans des grosses structures bancaires et industrielles pour tenter de sauver le cœur même de l’édifice financier à une mort lente et douloureuse, convaincra les économistes mondiaux à participer à cette théorisation. Penser une autre forme plus éthique de la finance à cause de cette « éventuelle » faillite de l’économie conventionnelle ? La crise économique mondiale, n’est-elle pas un signal fort pour repenser tout le système global ?

La finance islamique pourrait encore avoir de beaux jours devant elle si le défi est relevé. Là ou la politique musulmane a échouée, la finance, elle, la survit et perdure par la renaissance musulmane (nahda). En effet si l’on en croit les statistiques du nombre de Musulmans dans le monde qui compte entre 1,2 à 1,7 milliards, avec près de 25% de la population mondiale et 10 % du PIB mondiale, on comprendra la nécessité pour les banques conventionnelles et pour les gouvernements de prendre part à cette source de liquidité : c’est un marché potentiel de  $4 Mds selon S&P dans le monde. En France, on compte 4 à 6 millions de musulmans.

Bibliographies :

Strategic plan for Islamic Banking Industry of Pakistan. State Bank of Pakistan. Site officiel de la Banque Central du Pakistan

Mohammed Boujemla : Le Système Bancaire Islamique, Aspects théoriques et pratiques. Ed. IIIT France.

Prospects of Islamic Finance in Pakistan (3rd Annual Asian : ISLAMIQUE BANKING & FINANCE organized by IIFM (International, Islamic Financial Market).

Thèse finale des M. Sc. In Business administration, June 2008, Auteurs : Muhammad Tahir et Muhammad Umar : Marketing Strategy for Islamic Banking Sector in Pakistan.

Site de l’AMS : www.ams-France.org

Dr Tahar Mahdi, Methodologie de la pensée juridique en islam, Règle normatives de droit musulman. Ed. Dar Al Kalemah.


[1] Le Monde diplomatique sept 2001

[2] Ushr : taxe agricole prévue dans la Shari’a qui diffère par les taux de ceux de la zakat

[3] Article 49 de la constitution iranienne de 1979 qui fut retardée à cause du gel des avoirs iraniens et de la guerre en Irak . On l’appliquera en 1983.

[4] ou Algazel, d’origine persane; né en 1058, mort en 1111. Juriste, exégète du Coran et des Hadith et philosophe.

[5] Ibn al Qayyim al Jawziya (1292-1350), théologien arabe, hanbalite, son maître était ibn Taymiyyah.

[6] Hadith Sahih de Muslim

[7] Coran : III : 75 et XII, 20. Monnaies d’échange au temps du prophète,  le dinar ou le dirhram , la première signifiant  l’or, la seconde l’argent. Ces deux métaux précieux ne perdaient pas de leur valeur car relativement stables. Les mines d’or étaient rares.

[8] p.3 du livre Le système bancaire islamique : Aspects théoriques et pratiques de l’auteur Mohammed Boujemla , dissertation, académiques. Editeur III France USA, 1998.

[9] Les Droits de tirage spéciaux (DTS, SDR en anglais pour Special Drawing Rights), sont un instrument monétaire international, créé par Fond Monétaire International pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres.

[10] Coran, sorate II, verset 280.

[11] L’Istihsan fait partie des sources secondaire du droit musulman, il y a des divergences entre les savants comme sources normatives.

[12] Bukhâry, salam, 2086 ; Muslim, musâqât, 3010

[13] Parole du Prophète adressé à Hakîm b. Hizâm, (Tirmidy, buyû‘, 1153 ; Nasâ’y, buyû‘, 4532).

[14]Le Système bancaire Islamique, Mohammed Boudjellal p157 et 158.

[15] Auteur de « le Système Bancaire Islamique », dissertation académique (1), éd. IIIT France.