GRECE : COMPTABILITE OCCULTE OU SORCELLERIE FINANCIERE : A QUI PROFITE LA CRISE

En échange de son soutien à un mécanisme d’aide envers la Grèce, Angela Merkel, la » femme la plus puissante du monde » (classement Forbes) a réussi à imposer ses conditions au sommet de Bruxelle du 26 mars. Elle avait posé trois conditions : un rôle central pour le FMI, pas de déclenchement du mécanisme tant que la Grèce parvient à se refinancer sur les marchés et la réécriture des règles européennes. Pour comprendre la raison de ces conditions drastiques que Merkel impose à la Grèce, il faut revenir à une rétrospection salutaire.

Tout le monde sait maintenant que derrière la faillite de la Grèce l’ombre diabolique de la banque américaine, Goldman Sachs, l’une des plus puissantes au monde, plane au-dessus d’elle.

Chronologie d’une faillite grecque et le bourbier dans lequel, Goldman Sachs la précipitée :

2000-2001 : Inéligible à la création de l’euro en 1999, la Grèce  cherche à tout prix (et c’est le cas de le dire) à magouiller ses finances pour pouvoir entrer dans le cercle très fermé des pays adoptant l’euro.  En 2001, juste avant l’admission de le Grèce dans l’union monétaire européenne, Goldman Sachs aide le gouvernement à emprunter des milliards. Cet accord, occulté aux yeux du public en le déclarant comme une opération de change et non comme un emprunt, permit à Athènes de satisfaire les règles de déficit de l’Europe tout en continuant à dépenser au-delà de ses moyens. La Grèce, grâce à cette                    « entourloupe » finit par remplir les critères de Maastricht en 2001, et fait donc partie des pays de lancement de la monnaie fiduciaire en 2002.

Les instruments développés par Goldman Sachs, JP Morgan Chase, et toute une série d’autres banques ont permis aux responsables politiques de la Grèce, d’Italie et peut-être d’autres pays encore de masquer ces emprunts.  Certaines des opérations grecques portaient le nom de personnages de la mythologie grecque  tels qu’Ariane et  Eole. Eole, baptisé comme le dieu des vents, est un contrat qui permis à l’Etat de réduire le montant de sa dette en 2001. En recevant des fonds immédiatement, elle s’est engagée à reverser à Goldman Sachs  les recettes futures des taxes d’aéroport. En 2001, les revenus tirés de la loterie nationale  avaient été hypothéqués par un même type de « comptabilité créatrice » similaire, baptisé Ariane. Le gouvernement avait alors comptabilisé ces opérations comme transaction ventes, et non comme emprunts. En camouflant ainsi les dettes grecques, la banque de Wall Street aurait encaissé 300 millions d’euros de commissions pour le montage de ces produits dérivés.  « Ces produits dérivés sont très utiles », commente Gustavo Piga, un professeur d’économie qui a rédigé un rapport sur la transaction italienne pour le Council on Foreign Relations.  » Mais ils deviennent néfastes s’ils servent à maquiller les comptes. »

Le New York Times du 13 février publie ceci :  » Tout comme dans la crise américaine des subprimes et l’implosion d’AIG, les dérivés financiers ont joué un rôle dans la fuite en avant de la dette grecque. Les instruments développés par Goldman Sachs, JP Morgan Chase et bien d’autres banques ont permis aux politiciens de masquer de nouveaux emprunts en Grèce, en Italie, et sans doute ailleurs. »

Goldman Sachs fait aussi partie de ceux qui ont spéculé contre la Grèce et contre l’Euro en pariant sur la faillite financière de la Grèce.  Goldman Sachs et le fonds spéculatif dirigé par John Paulson seraient les deux principaux acteurs des attaques contre la Grèce et l’euro. Ils gagnent des fortunes avec leurs conseils de « bankster », parce qu’ils connaissent mieux que quiconque la fragilité dans laquelle ils ont mis leur client, gagnent à nouveau des fortunes en spéculant sur leurs pertes.

La Grèce doit au reste du monde 300 milliards de dollars, les grandes banques sont coincées par une bonne partie de cette dette. Une défaillance aurait des répercussions dans le monde entier. Le 11 février, Spiegel Online exprime sa crainte : « une faillite de la Grèce pourrait causer la ruine de tout le système de l’euro ». Rudophe Hickel, spécialiste de gauche des questions financières, insiste sur le fait que toute l’agitation à propos de la Grèce a été provoquée volontairement par ceux qui spéculent sur les monnaies,  » car les bénéficiaires d’une éventuelle faillite de l’Etat sont avant tout ceux qui spéculent en Bourse sur les monnaies ».

Dans les Échos du 17 fevrier, on y lit que Simon Johnson, l’ancien « chief economist » du FMI, souhaite que la Commission européenne enquête sur les agissements de Goldman Sachs. Mais Goldman Sachs est si puissante qu’elle est partout comme une pieuvre avec ses hommes de mains tels  Henry Paulson, ancien président de la banque Goldman Sachs, secrétaire au Trésor sous G.W.Bush. Mark Patterson, lobbyste de Goldman Sachs, devenu chef de cabinet de Timothy Geithner, actuel secrétaire au Trésor de Barack Obama. Après la Grèce, l’Espagne et l’Italie, le Portugal, l’Island et l’Irland seront dans la ligne de mire des spéculateurs.

On comprend donc aisément pourquoi il est si difficile de punir les responsables de cette crise économique sans précédent… Qui paiera alors ?  Ben… les contribuables pardi !

Marika El Haki

Source : Der Spiegel, NY Times, Schweizer Wochenzeitung (WOZ), les Echos, Focus, Réseau Voltaire
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Réponse à Jean QUATREMER, du 24 mars 2010 sur Angela Merkel

Les agissements spéculatifs des banques ou plutôt « bankster » rendent l’euro plus fragile que les prises de position d’Angela Merkel. Je ne suis pas économiste, mais je crois être capable de voir ce qui ne tourne pas rond dans ce que je lis dans la presse et tout particulièrement à propos du papier de Jean Quatremer.

Ce n’est pas de l’irrationnel que de réfléchir pour trouver des solutions dans l’objectif de se protéger d’une faillite générale de toute l’Europe. Par là même ce n’est pas de « l’irresponsabilité de la part de la chancelière Allemande » que de défendre l’opinion publique allemande. Depuis longtemps le peuple Allemand (habitué à un haut standing de vie) fait des sacrifices (avec la réunification de la RDA et depuis l’euro) en payant les dures réformes que le gouvernement allemand leur impose. Ils sont donc en droit d’imposer des sanctions en cas de dérives des autres pays membres de la zone euro qui « magouillent » avec les Banques et les cabinets d’audit (style Ernest & Young) qui valident les comptes « pourris » des banques pour paraître présentables. C’est eux les vrais responsables de cette crise financière.

Je suis en revanche d’accord que « Le but étant d’afficher la solidarité de l’Europe » histoire que les marchés ne cèdent pas à la panique en refusant à la Grèce les 15 milliards d’euros qu’elle a cruellement besoin d’emprunter dans les semaines à venir, seule possibilité pour refinancer sa dette. Si les marchés cèdent à la peur, la Grèce serait techniquement en cessation de paiement et s’en suivrait pour la zone euro l’hécatombe. Merkel a simplement reflété l’opinion publique allemande qui souhaitait « exclure la Grèce de la zone Euro ». Elle a choisi la position de soutenir la Grèce mais à ses conditions. L’accord sur lequel les 16 membres sont tombés est d’abord « un renforcement qui passera par un mécanisme de sanctions et de contraintes plus dissuasives que celles prévues par le Pacte de stabilité. Par exemple, une suspension des droits de vote au Conseil des ministres ». Cela poussera les Etats européens à ne pas vivre au dessus de leur moyen avec un contrôle plus strict pour les « tricheurs ». C’est la « gouvernance européenne » des puissants sur le plus faible. L’implication du FMI va apporter une expertise pour ce genre de situation et proposera au gouvernement grec des « prêts bonifiés » à 1/3 soit (mais c’est mieux que rien). Il n’y a pas le choix, le FMI prendra le contrôle de la Grèce ainsi que pour les autres qui auront le même sort (cela n’arrangera les affaire de Sarkozy pour 2012, DSK étant son principal adversaire sic).

Dans mon article, je voulais attirer l’attention par l’exemple de la Grèce sur les utilisations des swaps qui ont causé les spéculations en précipitant sa chute et provoqueront celle des autres pays : les « PIGS » en jargon financier : Portugal (dénoté par Fitch à « AA » le 24 mars, pays en faillite et  prochain sur la liste), Ireland, Greece, Spain, sont les quatre « cochons noirs » de l’Europe. Ces quatre pays ont en commun le trop plein de déficits budgétaires, ils se sont jetés dans des dettes extérieures trop lourdes. Leur irresponsabilité risque fortement de mettre en péril toute l’Europe à une mort certaine. Alors oui ! » Nous sommes interdépendants et il faut savoir gérer cela avec le sens des responsabilités », c’est donc justement avec responsabilité qu’Angela Merkel a tenté de gérer cette crise au cœur de l’Europe en pointant la Grèce du doigt et en donnant un exemple pour les autres « tricheurs».

Que reproche-t-on à l’Allemagne ? Que grâce à ses exportations, l’Allemagne a pris le devant de tous les pays ? Et à cause de sa productivité extraordinaire, tous les flux monétaires du commerce international vont vers l’Allemagne et pas vers les autres pays ? On ne peut pas reprocher à un pays d’être bon ! En effet l’Allemagne exporte beaucoup et consomme peu chez eux. Christine Lagarde dans l’interview du Financial Time du 14 mars leur demande d’exporter moins…et de payer plus ! Cela a été un tollé dans la presse allemande. Je me demande pourquoi on attaque si durement l’Allemagne ?

En conclusion, je crois foncièrement qu’Angela Merkel va au-delà du « clientélisme » électoral. La Rhénanie-du-Nord – Westphalie est le Land (dont la Ruhr) le plus peuplé (23%), le poids le plus puissant d’Allemagne (22% du PIB) et se situe même en tête de l’Europe. Elle est donc tiraillée entre rassurer ses électeurs et rester solidaire avec la zone euro. Rien de plus normal en soi ! Pour ne pas me répéter je finirais par dire que les propos de ce Quatremer(*) sont inacceptables !

J’ai honte en tant que française de lire ce type de torchon ! Et je demande à nos amis Allemands de nous excuser pour les critiques injustes lancées contre eux !

(*) lien de l’article de Jean Quatremer :

http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/03/angela-merkel-la-dame-de-plomb-.html