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QU’EST-CE QU’UNE NATION NATURELLE

Averroès, alias Ibn Rushd (Abu-l-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad Ibn Rusd)Est naturel ce qui réalise en soit sa finalité immanente. Nous sommes loin du concept XVIIIèmiste d’une nature universelle présente de façon identique chez tous les hommes. Il existe une identité de nature et une diversité de culture, voilà ce que pensait Averroès. Le concept même de nature est différentiable, et les nations sont distinctes selon la nature et non seulement la culture.

« Si un seul individu était capable d’accomplir toutes les perfections humaines, la nature aurait fait quelque chose d’absurde ». On peut hiérarchiser toutes les perfections humaines, il est impossible pour une seule personne d’accomplir toutes ces vertus. Ce qui est possible c’est que ces vertus se rencontrent toutes, mais en une diversité de personnes. C’est l’intérêt d’une vie en société. Il est impossible qu’une de ces perfections se rencontre chez un être humain «sans l’aide de personne ». « l’homme a par nature besoin de l’aide des autres pour acquérir ses vertus. C’est donc à juste titre qu’Aristote a dit que l’homme est par nature un animal politique ».

La définition de l’homme par Aristote nécessite la complémentarité de l’éthique et de la politique. Mais les hommes n’existent pas de la même façon dans une cité, vu que leurs dispositions divergent et qu’ils ne peuvent pas accomplir individuellement toutes les vertus : il y a une diversité de natures qui seule permet de comprendre le fait que les perfections demandent aussi des réalisations multiples. Ces différences dans les disposition humaines sont une légitimation d’une vie en société où l’entraide permet la complémentarité des fonctions ; fonctions qui sont d’autant mieux accomplies qu’elles le sont par des hommes (et des femmes) qui s’y sont consacrés exclusivement. On retrouve là la leçon platonicienne.

Etre une nation naturelle c’est être une nation de la cité et de la sédentarité. La poésie arabe des Arabes de l’ante Islam, glorifiant la tribu, ne peut être une poésie naturelle. Le texte scripturaire aide pourtant les Arabes à être une nation naturelle. Pas d’équivalent d’Homère, mais il y a ce qui en tient lieu : le récit scripturaire. Averroès fait cette analogie entre les Grecs et les Andalous à propos de la poésie. Cette analogie est importante chez lui car cela empêche la possibilité d’opposer la nature à l’imposition de la loi révélée : une nation peut être naturelle, avec ou sans loi révélée ; réaliser sa nature, accomplir sa finalité immanente peut se faire aussi bien dans un cadre païen que dans un cadre religieux. La religion peut certes aider à l’accomplissement de la tâche naturelle ; c’est d’ailleurs le cas chez les Andalous qui ont su se sédentariser par et selon l’Islam, mais cette raison suffisante n’est pas exclusive.

Averroès avait un discours critique à l’égard de la théologie, mais pas à l’égard de la religion. Lui ne faisait pas l’amalgame que font la plupart des gens surtout anti-religieux. Sa critique sévère et parfois violente contre la théologie, lui vient de sa double pratique : une pratique juridique et une pratique philosophique. C’est en juge musulman, en homme de loi appliquant les normes, qu’Averroès attaque la spéculation des théologiens, une spéculation fondée sur une méthode exclusive, qui ne fait pas assez de place à la diversité des points de vue là où le doute est permis, c’est-à-dire dans tous les registres autres que les cinq piliers de l’islam. Comme Platon qui avait ses sophistes et ses mauvais poètes, Averroès avait eu ses théologiens. Il donne l’exemple de la République de Platon et n’hésite pas à prendre les théologiens comme des personnes pernicieuses pour la cité, en lieu et place des poètes qui nous font croire que les divinités sont ordonnatrices des biens ou des maux, les théologiens dialecticiens qui défendent le sophisme selon lequel toutes les actions en relation avec Dieu sont bonnes ; s’il en était ainsi, il n’y aurait pas de bien en soi, mais seulement un bien par décision divine… Pas de libre arbitre !

Dans les deux cas, aussi bien dans celui des mauvais poètes que dans celui des théologiens, il s’agit de combattre la prétention à savoir quelque chose, de combattre ceux qui font profession de sagesse, « le mal qui vient d’un ami » étant « plus pénible que celui qui vient d’un ennemi ».

Parmi des passages repris dans mes lectures sur Averroès alias Ibn Rushd, juriste, exégète du Coran et philosophe arabo-musulman du 12ème siècle.

 

Averroès, alias Ibn Rushd (Abu-l-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad Ibn Rusd)

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