Un printemps 56 en 2011 pour tout le Maghreb ?

La Une de l’Express cite : « Les autorités marocaines ont interdit, ce lundi à Rabat, une réunion de soutien aux manifestants tunisiens. Face aux troubles, le régime de Tunis peut compter sur son voisin maghrébin« .  Cette manifestation en solidarité avec la Tunisie, organisée par un collectif d’associations, dont l’AMDH (Association Marocaine des Droits Humains), devant l’ambassade de Tunisie à Rabat a été interdite par le régime marocain. Les autorités marocaines auraient prétexté par « l’impossibilité pour un pays voisin de la Tunisie d’autoriser sur son territoire une manifestation hostile au régime de Zine El Abidine Ben Ali« . Mais les motivations sont toutes autres : Le Maroc tente, tant bien que mal depuis quelques années, d’avorter les révoltes parmi ses habitants.

C’est à Tinghir dans le sud du Maroc, à Al Hosseima dans le Rif mais aussi à Laâyoun (Sahara Occidental) que les tensions sont les plus vives

La colère populaire semble venir de petits patelins, éparpillée, non canalisée, apolitique, et souvent menée par beaucoup de femmes. Les émeutes qui secouent la Tunisie et l’Algérie pourraient fortement secouer le Maroc dans les jours ou les mois prochains. Ce sont les mêmes revendications sociales, les mêmes hogra (humiliation). En Tunisie et en Algérie, c’est une situation identique au Maroc. Désastreuse pour la dignité humaine, la corruption sévit depuis des lustres ou 80% des marocains profitent de celle-ci. Les richesses sont mal réparties et cela dure depuis des décennies.

Les révoltes de Tinghir

Dans la province de Tinghir, un mouvement Berbère s’est révolté le 26 décembre, MAIS BLACK OUT DES MEDIAS. Les évènements de Tinghir que la presse arabophone et francophone marocaine n’ont pas fait l’écho, sont les prémices d’un enflammement qui risque fort de s’étendre. Depuis la création d’une province à Tinghir en 2009, la région est en proie à des tensions constantes à cause des déficits sociaux grandissants. C’est le taux très important de chômage qui frappe un grand nombre de jeunes de la région et les conditions archaïques de l’infrastructure de Tinghir-centre et des régions avoisinantes. Ce 26 décembre dernier, ils étaient 20 000 manifestants à avoir répondu, ce dimanche matin à Tinghir, au mot d’ordre de grève de la Fédération des associations de développement (FAD). Mais la marche pacifique aux revendications de protestations contre la régression des indicateurs sociaux dans la région s’est soldée en émeutes violentes. Des centaines de personnes appartenant à l’aile extrémiste du mouvement amazigh « Guigouch » n’ont eu que faire de l’appel pacifique lancé par les organisations. Les manifestants ont commencé vers 13h à lancer des pierres en direction des forces de l’ordre tout près du siège de la nouvelle province. Des véhicules privés et publics ont été endommagés et plusieurs éléments des Forces auxiliaires ont été blessés, dont certains grièvement. Neuf d’entre eux ont été transportés d’urgence à l’hôpital Moulay Ali Charif d’Errachidia.

A une année de l’approbation Royale de créer une province à Tinghir, le projet de mise à niveau n’est pas entré en vigueur, et la question urbaine reste de loin la plus problématique.  « Les contestataires sont en colère contre l’aggravation des pressions exercées sur les habitants des oasis sur le plan urbanistique, consistant à leur imposer des lois et des conditions irréalisables qui ne prennent compte ni des particularités locales, ni de la nature de la région, encore moins du manque d’infrastructures à même de leur permettre de remplir les conditions exigées « , déplore un communiqué de la FAD de Tinghir, rendu public après la manifestation. Selon la même source, «cette situation a créé une récession sans précédent dans les métiers du bâtiment qui figure comme une source de revenus pour beaucoup de familles et impacte gravement la stabilité sociale dans la région menacée, notamment par la montée en puissance de l’habitat anarchique qui a engendré chez les habitants un sentiment flagrant d’injustice ».

TINgHIR 26 DECEMBRE 2010 : http://www.youtube.com/watch?v=m-M7K5ob5V0&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=m-M7K5ob5V0&feature=related

D’autres régions du Maroc ont soulevé des protestations sans précédent en ce mois de décembre comme celle de la région d’Al Hosseima, les oubliés du régime.

Dans le Rif à Boukidaren (Sidi Bouafif), région de Al Hoceima(*), la colère des habitants a éclaté un vendredi 10 décembre 2010, dès 9h30 du matin suite à l’ expropriation d’une famille et la démolition de son logement par l’autorité du makhzen escortée par des forces de l’ordre.

C’est par une femme que tout a commencé

Le 10 décembre dernier, une femme avec ses deux enfants s’est mise en travers de la route nationale et l’a bloquée en criant  » si je n’obtiens pas mes droits, je coupe la route avec mes deux enfants , face à l’injustice il ne me reste qu’à me suicider avec mes enfants « . En solidarité du courage de cette mère, les habitants se sont exécutés en barrant la route de concert. La route nationale fut bloquée mais les forces de répression, l’armée et la force mobile, ont lancé les grenades lacrymogène et ont tiré des balles en plastique sur la population. Les jeunes se sont rebellés en ripostant par des jets de pierres en criant à l’insurrection de la population. Malgré les premières arrestations et les premiers blessés, les jets de pierres contre les forces de répression ont continué en force. Ce jour là, des voitures ont été brûlées, des estafettes encerclées, et le plus étonnant est que  les forces de l’ordre ont pris la fuite. On compte plus de 30 blessés au sein des forces de l’ordre. D’autres villages environnants comme Tamassint, Imzouren, Aït Bouayach se sont solidarisés avec les habitants de Boukidaren. Les troupes armées venues en renfort de Nador se mobilisèrent toute la nuit de ce vendredi 10 décembre contre les manifestants des villages avoisinants qui ont rejoint les habitants de Boukidaren. Les représentants des associations : diplômés chômeurs, AMDH étaient aussi présents. Le courage des villageois fut exemplaires : des barricades ont été montées pour faire face au déploiement des troupes militaires et des forces répressives. Toute la nuit, les combattants n’ont eu de cesse de répondre aux forces de l’ordre en chantant des slogans de victoire.

AL-HOCEIMA LE 17 NOVEMBRE 2010, VIOLENCE CONTRE LES CHOMEURS : http://www.youtube.com/watch?v=5GocUBFa1SM&feature=related

AL-HOCEIMA RIF MAROC AYT YOUSSEF OU ALI BOKIDAN SIDI BOUAFIF 10/12/2010 : http://www.youtube.com/watch?v=X9IEp8ANRVk feature=player_embedded

Les émeutes de Laâyoune chef lieu du Sahara Occidental

En novembre dernier, le chef-lieu du Sahara Occidental n’est pas sorti du cauchemar de 1999. La situation du Sahara Occidental n’a trouvé aucune solution depuis 35 ans, pour sortir le Polissario des revendications sahraouies d’autodétermination. Pourtant, le Sahara Occidental, à l’inverse des autres régions « marginalisées » du Royaume, reste depuis 35 ans, l’otage des puissances de ce monde. Il l’est surtout du fait des rancœurs entre le Maroc et l’Algérie, résidues de la colonisation. C’est l’endroit du Maghreb le plus observé par la communauté internationale. Le démantèlement du camp Gdeim Izik  à une dizaine de kilomètres de Laâyoune le lundi 8 novembre dernier par les forces de police marocaine ont pu maîtriser les émeutes. Mais pour combien de temps encore ?

Le pouvoir du Makhzen arabe considère toutes ces revendications inutiles du fait de la marginalité des régions berbères mais la révolte des jeunes tunisiens et algériens inquiète fortement le pouvoir marocain. Il y a peu de temps encore, il était impossible pour le peuple marocain de manifester pour défendre ses droits publiquement sans craindre la répression sanglante du régime. Mais depuis quelques années, on assiste de plus en plus à des démonstrations publiques de protestation dans les différentes régions du Royaume quand ceux-là s’estiment mal traités.

Le Sahara, le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte et la Jordanie(*) sont passés récemment par ce type de mouvements sociaux. Malheureusement aucune force politique dans la région n’est capable de porter cette colère populaire afin qu’elle puissent retrouver enfin sa marche vers le progrès, avec le respect des droits humains, l’arrêt des spoliations et l’exploitation des peuples de leur région. Le message de cette jeunesse maghrébine pourrait être des doléances comme celles-ci : les gouvernements du Maghreb et du Machrek doivent accorder l’importance de ces mouvements sociaux. Les peuples du Maghreb sont solidaires, ils le sont aussi contre toute les dictatures du Moyen Orient. Les émeutes pourraient être le début d’une revendication populaire unifiée à tout le Maghreb d’abord et pourquoi pas avec le monde arabo-musulman. Ce peuple est aguerrie de sa longue histoire commune. Il semble ne plus vouloir de l’islam politique du monde arabo-musulmans. Les dénominateurs communs des révoltes populaires sont la justice sociale, la gestion des minorités avec le droit à l’égalité des chances. On pourrait y ajouter, le droit des femmes dans une démocratie qu’ils sont en train de réinventer. La tunisie scande « horriya » ! Liberté ! La Liberté de conscience, la Justice sociale, si chères à ces peuples et surtout si chères à l’islam, dans son fondement premier. Aucune bannière religieuse ou nationaliste n’a su respecter ces principes fondamentaux. Enfin, aujourd’hui, personne ne pourra entraver la marche révolutionnaire d’un peuple très jeune qui lui,  sait ce que le  post-modernisme veut dire !

(*) Pour rappel, le tremblement de terre d’Al Hoceima en 2004, a fait 628 morts, plus de 926 blessés, 15.230 sans-abri avec l’effondrement de 2.539 maisons dont 2498 en milieu rural. Ce sont les oubliés du régime, la souffrance des victimes continues à faire partie de l’actualité quotidienne. Les habitants d’Al Hosseima avaient refusé les 30.000 DH proposés par l’Etat estimant l’aide insuffisante pour faire face aux projets de construction de logements décents. Devant le refus des autorités publiques de revoir à la hausse le montant de l’aide, le conflit a perduré malgré quelques tentatives avortées de solution. Il continue encore à envenimer le quotidien des habitants de Tamassint.

(**)Les autorités jordaniennes ont arrêté 51 personnes liées aux émeutes ayant éclaté mardi 4 janvier 2011, dans la ville de Maan (sud) après le meurtre de deux Jordaniens dans un conflit portant sur des emplois, a confié à l’AFP une source des services de sécurité. Le gouvernement jordanien a indiqué mercredi avoir restauré le calme à Maan, dans le sud du pays. Des centaines d’émeutiers ont mis le feu à plusieurs bâtiments publics et à des véhicules de police mardi après les obsèques de deux hommes tués la veille, dans le cadre d’un différend qui a éclaté après le choix d’un entrepreneur des ouvriers devant travailler sur un immense projet hydraulique à Dissi.

 

2 réflexions sur “Un printemps 56 en 2011 pour tout le Maghreb ?

  1. Je trouve cet article très bien documenté et riche en informations. Tous ces évènements sont si peu, voire pas du tout relatés dans la presse.

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