Synthèse : « De la Liberté » John Stuart Mill, Chapitre IV « Des limites de l’autorité de la société sur l’individu »

Biographie de l’auteur :

John Stuart Mill est né le 20 mai 1806 à Londres, meurt le 8 mai 1873 à Avignon en France. Philosophe et économiste britannique, il est le plus fameux penseur du libéralisme du XIXème siècle. Son père  James Mill qui était aussi philosophe de la verve de Hume, influença considérablement la pensée de son fils; aidé par son ami Jeremy Bentham et David Ricardo. JSM reprend donc la doctrine classique de  l’utilitarisme benthamien et de son père prônant qu’une action est bonne si ses conséquences profitent au bonheur du plus grand nombre. JSM s’en écarte tout de même en développant sa propre théorie : un utilitarisme indirecte. Cette théorie fait référence à une certaine éthique de l’acte juste, qu’on peut nommé conséquentialiste. John S. Mill fait partie de la génération des empiristes. Il fut formé à une éducation rigoureuse, par son père, sous les recommandation de son maître à penser J.Bentham. James Mill souhaitait en faire un génie et le préparer à reprendre leurs idées, pour en faire un grand penseur et continuer à véhiculer l’utilitarisme après eux.

Enfant précoce, JSM appris à trois ans le grec, le latin à 8 ans et à 14 ans il termine son cycle universitaire en histoire, littérature, mathématique, science et philosophie. A seize ans il devient écrivain publique. C’est pendant sa carrière de haut fonctionnaire dans l’administration  des Indes orientales, qu’il écrira la plupart de ses oeuvres. Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrage dont les plus connus sont Système de Logique, Principes de l’Economie politique mais aussi Considération sur le Gouvernement représentatif, l’Utilitarisme, la Sujétion des Femmes, son Autobiographie et enfin de la Liberté qui fait l’objet de notre note de lecture. C’est grâce à l’aide précieuse de sa femme Harriet Taylor, qu’il écrira son essai de la liberté. Cette œuvre restera  pour lui la meilleure du fait de sa collaboration étroite avec sa femme qui allait mourir avant la publication de cet essai. Il dira d’ailleurs de cette oeuvre qu’elle fut la « conjonction » de l’esprit d’Harriet et du sien et que peu importe qui porte la plume puisqu’il fut impossible de démêler de la pensée la sienne du sien. Il lui dédicacera l’essai sur la liberté.

DE LA LIBERTE

Chapitre IV : Des limites de l’autorité de la société sur l’individu :

D’emblée, John Stuart Mill pose la question, comme le titre du IVème chapitre en témoigne des limites de l’intervention de l’Etat sur l’individu. Comment l’Etat doit-il se positionner pour garder une mesure équitable entre tous quand il doit réprimer la mauvaise conduite d’un individu tout en laissant à chacun une liberté complète ?

Il débute ce IVème chapitre par trois questions essentielles en y répondant par des exemples concrets avec une habileté démonstrative qui justifiera par ses arguments le projet d’une société libérale idéale :

Quelle est donc la juste limite de la souveraineté de l’individu sur lui-même ? Où commence l’autorité de la société ? Quelle part de la vie humaine revient-elle à l’individualité, quelle part, à la Société ?

John Stuart Mill répond à la première question en lui joignant la seconde comme une suite logique d’une mesure équitable dans la condition que chacune des parties, l’individu et la société, ne se limite qu’à la part qui la concerne plus particulièrement. La société, comme l’individu doit posséder sa propre mesure selon une ligne de conduite envers autrui que chacun doit respecter, seule condition pour vivre en société. Cette mesure doit être fixée par un principe équitable dont le fil conducteur est de deux sortes :

i) ne pas nuire aux intérêts d’autrui ou plutôt de certains de ses intérêts que JSM renvoie aux disposition légales et à un accord tacite;

ii) que chacun assume sa part de travail et de sacrifice dans la société selon ce même principe dans l’objectif de défendre et de protéger la société de tout abus contraire à la loi.

La société détient le rôle de contrôler les actes de l’individu pour empêcher celui-ci de faire du tort à autrui. Mill affirme que la société est en droit et à tout pouvoir pour punir l’individu qui refuse de remplir ses obligations envers la société. Puisque l’individu reçoit protection de la part de la société, il est par conséquent redevable envers elle.

Mill distingue deux sortes d’action :

i) celle qui est préjudiciable aux autres, dans ce cas la sanction de la société s’impose et son jugement doit avoir lieu.

ii) celle entreprise par un individu qui est nuisible ou effectuées sans prendre assez d’égard pour le bien-être d’autrui mais ne risque la violation d’aucun de ses droits constitués, de ce fait l’action mauvaise est subit par lui-même et accepté de lui. Dans un tel cas, Mill exclut  la société de tout contrôle, c’est au rôle de l’opinion de punir justement, par des vexations. Si tant est que cet individu possède la capacité suffisante d’une intelligence ordinaire.

On voit maintenant comment Mill compte réguler équitablement les droits de chacun sans les enfreindre et sans empiéter sur le bon fonctionnement de la société. A partir de ces données exposés précédemment, on voit comment Mill soutient le principe de liberté complète légale et sociale d’agir pour chaque individu. Ce principe de liberté absolue octroyée à chaque individu est par conséquent la limite entre ce qui affecte directement les intérêts des autres membres de la société  et ce qui n’affecte directement que la personne. Cela donne à tous une parfaite liberté d’agir légale et sociale et d’en assumer les conséquences. Ainsi  JSM rend l’individu responsable de ses actions à partir du moment qu’il acquière sont autonomie, il est en droit d’accéder  à la liberté complète. Il argumente par cela, (dans la mesure où n’entre pas en ligne de compte les intérêts fondamentaux d’autres personnes) que tout membre de la société est totalement libre de rechercher son propre bien être, de la manière la plus libre au seul risque de subir la réprobation des autres membres : « Mais personne n’est autorisé à dire à un homme d’âge mûr que, dans son intérêt, il ne doit pas faire de sa vie ce qu’il a choisi d’en faire. Il est celui que son bien-être préoccupe le plus: l’intérêt que peut y prendre un étranger est insignifiant  ».

La réprobation de l’opinion encourue par le coupable dans ce cas précis doit être juste. Cette justice, Mill en décrit les contours : « Nous pouvons exprimer notre aversion et nous tenir à distance d’une personne ou d’une chose qui nous déplaît; mais que cela ne nous incite pas à lui rendre la vie difficile. Il faut penser qu’elle porte déjà ou portera l’entière responsabilité de son erreur. Si elle gâche sa vie en la dirigeant mal, ce n’est pas une raison de désirer la lui gâcher davantage : au lieu de vouloir la punir, il faut plutôt s’efforcer d’alléger sa punition en lui montrant comment éviter ou guérir les maux auxquels sa conduite l’expose. ».

Mill distingue là encore deux sortes de défauts : les défauts personnels ne sont pas  une obligation sociale parce qu’ils n’entrent ni dans l’immoralité ni dans la méchanceté. Ce sont  des devoirs envers soi-même, qui sont selon lui, le manque de prudence entraînant en lui-même un manque de respect ou un manque de développement. De plus en ces devoirs envers soi-même, nul « ne saurait être rendu responsable du bien qu’on fait à l’humanité ». Ce type de personne ne doit subir que la baisse d’estime que les autres sont en droit de lui infliger car ne concerne que lui-même et entre dans champs personnel de l’individualité. Cela signifie que la majorité est en droit de réprouver une conduite jugée dégradante sans pour cela avoir le droit de l’interdire, ou le contraindre à réparer ses fautes par quelque châtiment que ce soit.

Il contrecarre les objections éventuelles qui seraient faites face à ce type d’homme qui ne s’occuperait que de ses affaires personnelles sans s’interroger à la conduite des autres. Un individu égoïste et indifférent aux actions des gens qui n’entrent pas dans leurs intérêts directes. En effet, Mill ne sous estime pas les vertus privée mais mettra en avant les vertus sociales qui seules rendront des comptes à la société. Pour lui, c’est le rôle de l’éducation de les développer toute deux. Comme pour l’éducation, les vertus privées s’accomplissent et s’acquièrent plus aisément par la persuasion et la conviction que sous l’égide du fouet ou de la cravache. En effet c’est par l’école que l’homme, une fois l’éducation achevée et arrivant à maturité, agit conformément à ce qu’il comprend. les vertus privées devrait déjà lui être inculquées. Ici Mill intègre l’idée de liberté et de ses exigences. C’est dire qu’il ne donne pas l’entière responsabilité à l’individu si celui-ci s’avère incapable de gérer sa vie,  par son imprudence, (qui rappelons le, n’empiète bien évidemment pas sur les droits constitués des autres gens). La société « a eu tout pouvoir sur eux pendant la première partie de leur existence ; elle a eu toute la période de l’enfance et de la minorité » pour tenter de leur donner les capacités à raisonner afin de bien se conduire. Si elle échoue, comme le précise JSM « Si la société laisse un grand nombre de ses membres dans un état d’enfance prolongée, sourds à l’influence de la considération rationnelle des motifs généraux, c’est la société seule qui est à blâmer pour les conséquences », alors raison de plus pour ne pas lui donner  le pouvoir de légiférer et de le punir en ce qui concerne ses intérêts personnels. Celui-ci subit déjà les sanctions naturel, c’est à dire le mépris et le dégoût de ses semblables. Si l’Etat persiste à punir ce type d’individu, elle ne fera qu’empirer la situation et transformera l’objet du délit en un devoir d’ « opposition » contre sa tutelle qui prétend le contraindre à la prudence dans ses affaires personnelles. La conséquence sera de faire exactement le contraire de ce que l’État prescrit.

Il prêche d’autres principes de bienveillance désintéressée pour promouvoir le bien d’autrui : Les hommes raisonnables ne doivent pas contraindre le coupable dans ses actions personnelles : « Les hommes doivent s’aider les uns les autres à distinguer le meilleur du pire, et s’encourager à préférer l’un et à éviter l’autre. Ils ne devraient avoir de cesse que de se stimuler mutuellement à exercer leurs plus nobles facultés et à orienter davantage leurs sentiments et leurs desseins vers la sagesse, et non la folie, vers des objets de contemplation édifiants, et non dégradants. ».

Excepté pour celui dont « la moralité est défaillante et odieuse » qui par sa conduite, entraînent le mépris des devoirs envers les autres parce qu’il enfreint les règles nécessaire à la protection de ses semblables. Mill caractérise les « vices moraux » méritant inéluctablement le jugement de la société par la loi : la cruauté, la méchanceté, l’envie, la dissimulation, l’hypocrisie, l’irascibilité gratuite, le ressentiment disproportionné, l’amour de la domination, le désir d’accaparer plus que sa part, l’orgueil et l’égoïsme. Pour ces conduites, la société en tant que protectrice des droits de chacun doit sanctionner d’une manière suffisamment sévère.

Il revient par conséquent à l’État de disposer des conditions matérielles et sociale nécessaires pour que chacun accède à l’épanouissement. Il est à noté que JSM ne cherche nullement à réformer la nature humaine. Il est tout aussi conscient de sa faiblesse et des sentiments abjectes qu’elle est capable de ressentir. Il vise simplement à établir une société juste, seule condition à l’épanouissement de l’homme, malgré sa nature.

Pour éviter toute confusion, JSM insiste pour dire que le coupable tombe sous le coup de la désapprobation morale -ou de la loi- et sort de la sphère privée, non pas pour la cause ni les erreurs qui ont provoqué le préjudice, mais pour le manquement au devoir envers la société ou envers autrui. C’est le degré du préjudice subit par la victime qui sera l’objet du délit : « Si, par exemple, de par son intempérance ou son extravagance, un homme se trouve incapable de payer ses dettes, ou si, s’étant chargé de la responsabilité morale d’une famille, les mêmes raisons le rendent incapable de la nourrir et de l’élever, il mérite la réprobation et peut être justement puni, non pas pour son extravagance, mais simplement pour avoir manqué à son devoir envers sa famille ou ses créanciers. ». Un soldat ou un policier sera punit par la loi car il est dans l’exercice de ses fonctions alors que l’ivresse n’est pas passible de sanction par la loi. Cela fait toute la différence pour Mill.

En définitive, Mill assure que la liberté est la protection contre toute contrainte, la plus redoutable de toutes étant celle d’une opinion publique qui veut imposer ses coutumes et ses croyances. La liberté n’est pas la loi du nombre.

Mill s’oppose donc au sophisme qui fait croire faussement qu‘une majorité aurait toujours raisons et donc qu’elle aurait force de loi pour imposer à une minorité ses visions politiques ou religieuses. Pour éviter que la société ne tombe dans le totalitarisme par l’intolérance de l’opinion publique, il conclu qu’une opinion générale aura des chances d’être biaisée par des considérations personnelles. En effet  l’analyse perspicaces que fait Mill, montre l’esprit visionnaire pour son époque et la préoccupation qu’il avait de protéger entre toutes les libertés individuelles de tous les membres de la société y compris la minorité.

JSM avait conscience qu’un principe que requière la liberté individuelles est de limiter l’action des hommes les uns sur les autres. Que ce principe équitable est régit à la seule sphère de l’argumentation et donc de la vertu privée (le reproche, l’exhortation, les conseils…) condition essentielle pour un vivre ensemble en société. Dans le cas contraire le risque de dégénérer en rapports de force, brutale qui ne résoudraient pas les conflits et porteraient un frein au bien être général par des abus et des persécutions de toute sorte d’un groupe sur un autre. JSM soutient que la  tolérance peut se décliner différemment selon les cultures, les époques et les attentes personnelles de chacun. Mill positionne cette tolérance comme un fondement à la discussion par lequel les individus matures sont capables de reconnaître l’existence de visions totalement différentes du monde et qui peut être préjudiciable si l’opinion publique ne reconnaît pas les droits à la différence.

Ses analyses sur les pratiques différentes en matière religieuses ou politiques sont intéressantes car il confronte les différents cas de figure à sa réciprocité. Mill fait un grand nombre de suppositions sur des faits existants qui seraient une menace à la liberté privée. Il part de faits éloignés comme l’abstinence de la chair du porc chez les musulmans et son  antipathie instinctive envers ceux qui en mangent. La possibilité par sa majorité; d’interdire la consommation de porc à tous ses membres y compris pour les chrétiens, serait perçue comme une injustice flagrante par les non musulmans. Il soulève un autre cas, celui des pratiques catholiques européennes, plus proches de son pays géographiquement et culturellement, qui imposent aux protestants l’abstinence du mariage pour leurs pasteurs ou encore le cas de l’Espagne qui ne tolèrent aucune autre pratique religieuse que celle des catholiques romains. Que dire du puritanisme calviniste et méthodique qui domine la nouvelle Angleterre et le royaume britanniques ? Ce puritanisme par leurs notions de morale et de religiosité menace les amusements publics et privés de son pays car puissants socialement et politiquement. Même une constitution démocratique pourrait donner le droit de véto à son public sur les affaires personnelles des autres. Mill n’épargne personne : les socialistes qui formaient déjà en son temps une police morale et physique pour empêcher les patrons de donner et aux bons ouvriers de recevoir un salaire plus important selon le mérite et la nature du travail ; le Sabbat, qui a pour origine une coutume juive, celle de s’abstenir de travail un jour dans la semaine, est dénoncé par Mill parce que justifiant la législation de l’arrêt du travail le dimanche pour répréhensif du point de vue religieux. Enfin JSM conclue à cette séries de preuves par l’illégitime persécution que subit le mormonisme dans son propre pays sous prétexte de civilisade.

Il prouve donc par tous ces exemples que toute légitimation de la société pour faire des lois qui aurait la force d’interdire aux autres une pratique qu’une majorité prétendrait être inacceptable et donc imposeraient ses vues sur la minorité, ont la même finalité : « L’idée qu’il est du devoir d’un homme de veiller à ce qu’un autre soit religieux est la cause de toutes les persécutions religieuses jamais perpétrées; et si on l’admettait, elle les justifierait pleinement ».

Tous les membres de la société doivent avoir en tête ce principe qu’ils ne peuvent imposer à l’autre ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur impose.

C’est principalement pour toutes ces raisons que John Stuart Mill considère raisonnable qu’on reconnaisse la différence des divers individus, leur liberté d’entreprendre ce que l’individu considère être la vie la meilleure pour lui-même, en lui octroyant une plus large sphère de liberté en accord avec la vie en société. En effet il part du principe qu’il est impossible de prendre comme critère du bien l’universalité absolue dans lequel tous les hommes y trouveraient un fondement dans lequel on déduirait des règles de vie communes à tous ! L’idée maîtresse est que la limite de l’autorité de la société sur l’individu est le principe de non-nuisance à autrui.

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