SARKOZY : DE TOCQUEVILLE A LA RELIGION !

Marika El Haki

 

 

« Que faire d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? ». Ces mots, d’Alexis de  Tocqueville* -héritier du positivisme, mais partisan du rôle politique de la religion dans les sociétés démocratiques sécularisées-  placent ainsi au centre du débat, le vieux thème politico-religieux que nos précédents présidents n’auraient même pas osé mettre à l’ordre du jour, sans entacher la sacrée loi de la laïcité. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait !

Dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy s’est presque essoufflé sur le terme salvateur de « civilisation ». Dans l’article du Monde du 17 janvier, c’est le fondement même de la religion qu’il remet au goût du jour avançant que « Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux ». Le gage « d’espérance », dans la bouche de           N. Sarkozy, est le mentor de son élection à la place suprême de l’Etat laïc. Qu’il souhaite d’ailleurs ardemment « dépoussiérer » ! N’en déplaise à la majorité des Français, le Président parle à l’univers d’une « spiritualité des spiritualités » qui aurait sa place au niveau national et international, en particulier pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

La réflexion du sociologue, Alexis de Tocqueville, dans son Traité De la démocratie en Amérique, fait ressortir que la démocratie moderne passe par le fait religieux : « La religion n’est donc qu’une forme particulière de l’espérance et elle est

 

aussi naturelle au cœur humain que l’espérance elle-même. L’incrédulité est un accident… la religion tient à un des principes constitutifs de la nature humaine». L’Homme ne peut vivre sans la religion même si les révolutionnaires ont cherché des substituts existentiels aux questions qui angoissent l’Homme : « Ne cherchez pas à arracher aux hommes leurs anciennes opinions religieuses pour en substituer de nouvelles, de peur que dans le passage d’une foi à une autre, l’âme se trouvant brusquement un moment vide de croyances…». 

 

L’analyse tocquevillienne montre qu’aux Etats-Unis, au contraire de la France, le phénomène religieux fonctionne dans un système de démocratie à l’américaine. Si les croyances et pratiques restent limitées à «se tenir dans les bornes qui lui sont propres» elles libèrent l’être d’un certain nombre de questions essentielles en apportant des solutions. Celles-là demeurent une utilité sociale par le respect de l’individu avec la perspective de mœurs conservatrices. Quand le lien politique faiblit, le lien moral se resserre. La religion est un antidote, alors que l’égalitarisme à l’extrême engendre la dislocation du lien social. Tocqueville était sceptique face à une société basée sur le bien-être matériel sans limites. Cette société là va à sa perte.

 

Notre président de la république l’a bien compris. Il suffit d’observer comment sa campagne « d’ouverture » lui a permis d’introduire au centre des débats politiques : la création du CFCM, l’affaire du voile –allant jusqu’à s’entretenir avec le grand mufti d’Al-Azhar avant de se prononcer contre le voile-, sa réforme des abattoirs… Et l’établissement du ministère de l’Identité nationale qui -paradoxalement à l’image que ces termes véhiculent- aurait pu s’appeler « le ministère des religions ».

 

*A.de Tocqueville (1805/1859) : penseur politique,  Sociologue, historien. Source : De la démocratie en Amérique, religion et modernité politique (vol. I, p. 401, p. 403, vol. II, p. 32, vol. II, p. 182).

 

 

 

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