PéTé CHéNN LA ! (briser les chaînes)

Monument dédié aux esclaves, offert par la guadeloupe au Sénégal

Monument dédié aux esclaves, offert par la guadeloupe au Sénégal

A la veille du 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, la France célèbre depuis 2006, sa commémoration nationale. Alors que dans les territoires d’Outre-mer, on la célèbre déjà depuis longtemps à des dates différentes (Martinique : le 22 mai ; Guadeloupe : le 27 ; Guyane : le 10 juin ; la Réunion: le 20 décembre et Mayotte : le 27 avril), dans l’hexagone, celle-ci, « ne se substitue pas aux autres dates qui existent déjà dans chaque département d’Outre-mer… » Hélas, essentiellement régionales.

Au risque de se voir contester ce choix par les associations de défense pour la mémoire des esclaves, c’est l’ex-Président de la République, Jaques Chirac, qui annonce que le 10 mai, est Jour de Commémoration de l’Abolition de l’Esclavage. Il justifie ce choix par l’anniversaire de l’adoption de la loi Taubira du 10 mai 2001. Cette loi- votée au parlement à l’unanimité – « rend aux millions de victimes anonymes de l’esclavage, mémoire et justice ». Une reconnaissance nationale pour «crime contre l’humanité », l’esclavage et les traites négrières.

Pourtant bien plutôt, le 23 mai 1998, une marche silencieuse à Paris, comptant 40 000 français venant des territoires d’Outre-mer, a eu lieu pour l’obtention d’une date qui aurait pu être le 23 mai « en mémoire à des millions de victimes de l’esclavage colonial ». Le comité du 23 mai 1998, regroupant un ensemble d’associations antillaises et guyanaises, militait pour cela. Son président a déclaré que « la décision du Président de la République est caractérisé anti-démocratique ». Alors que même des députés UMP et PS des Antilles, les partis communistes et socialistes soutenaient le 23 mai.

Si, comme le souhaitait Jacques Chirac, le 10 mai doit être « une mémoire véritablement partagée », permettre « la diversité française » et renforcer « la cohésion nationale », tout cela sous la même bannière, l’identité nationale.

Alors ! Pourquoi pas Une date nationale unique afin de se recueillir,  se souvenir ensemble ?  Au delà de la reconnaissance, c’est un rassemblement à l’échelle universelle qui se doit d’être commémoré aux noms de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants que le colonialisme a déracinés, maltraités au nom du code noir légalisant le commerce d’âmes humaines, et l’abomination.  Ces siècles sombres de l’esclavage ont laissé des traces dans non entrailles inconsciemment ou consciemment.

Pour que cela n’arrive plus jamais :

Une SEULE commémoration à retenir : l’Unité d’une date !

 

Gallerie photos

LES ACCROCS DU TIERCE

C’est un troquet somme toute banal, au détail près… « Au Commerce » de la rue des Martyrs dans le 9ème arrondissement, on joue tous les jours aux courses de chevaux.

12h36. Dans la pièce des jeux, une vingtaine de places assises restent vides. La première course débute à 14h. Samy H., 23 ans, encaisseur des paris, aide Elias, son cousin, au bar en attendant les premiers turfistes. Il n’arrête pas de faire l’aller retour entre son box, fermé de 2m2, d’où il encaisse les paris à travers une petite vitre, et le bar. Samy connaît tous les turfistes. Des habitués, il y en a une dizaine tous les jours, 30 avec les occasionnels. Par semaine on compte jusqu’à 200 turfistes. Le Week End ça peut monter jusqu’à 400. Samy distingue deux sortes de joueurs : les parieurs de toutes petites sommes, une majorité et 5 bons parieurs qui mettent en jeux 100 à 400 euros par jours sur 16 compétions. Ceux là sont des patrons de commerce, des chauffeurs de taxi ou des travailleurs de nuit. Les autres sont des « intermittents » du jeu. Ils parient pendant leur pause déjeuner, repartent travailler et reviennent vers 18 h pour encaisser, s’ils ont gagné.

« C’est une drogue, un vice comme l’alcool. On peux gagner beaucoup d’argent. On peut en perdre. On peut continuer à rejouer pour « se refaire ». Chacun garde l’espoir de gagner le Jackpot » commente Samy qui lui, ne joue jamais. Catherine C., 53 ans est femme de ménage. Elle élève seule ses 2 adolescents de 14 et 16 ans. Toujours vêtue de blanc avec son bermuda et ses cheveux courts presque blancs, Catherine pette la forme. Elle joue tous les jours y compris le Week End pour une dizaine d’euros et débute toujours avec 2 euros, le « Quinté Spot » (5 numéros pris au hasard par une machine). « Question de feeling ! » S’exclame-t-elle. « Cela est du domaine de la numérologie ! » Elle joue une date de naissance, numéro d’un proche, le 14 qui est celui de sa cousine. « Il est sorti 2 fois vendredi et dimanche ! » s’écrie-t-elle. Elle joue aussi le 3, son porte-bonheur, elle remporte toujours avec le 3. Catherine ne gagne en fait pas beaucoup d’argent mais jouer tous les jours, 10 euros lui permet de stabiliser sa situation financière et de « mettre du beurre dans les épinards ». Le dernier lundi de Pâques, elle a empoché 98 euros. Catherine s’est acheté des vêtements. Elle peut aussi se faire plaisir : aller au cinéma et surtout payer une facture en retard. Ses dix heures de ménage par semaine, ne lui permettent pas de jouer gros. Heureusement ! Dit-elle. Si elle avait de l’argent, elle jouerait beaucoup plus !

13h38. Les habitués, comme Catherine épluchent leur journal, étudient les différents partants.

Autre mordu des courses : Philippe l’élégant comédien de 40 ans. Il est bel homme. Il porte un complet anglais de couleur bleu marine sans cravate et des petites lunettes rectangulaires. Un air de parfait gentleman. Philippe dépense en moyenne 60 euros par jour, en gagne 100 par semaine, son numéro fétiche : le 9.

13 h 58 : Top départ. Silence général au café. Les yeux des 20 turfistes sont rivés sur le grand écran plat. On a monté le son. C’est parti ! Brouhaha général et soupirs trahissent le relâchement des tensions. Les chevaux courent à une distance de 2000 mètres en terrain plat pendant 5 à 6 minutes. L’attention des turfistes à repérer leurs chevaux est redoublée. Le ton des joueurs monte en accord avec la rapidité des chevaux. Philippe relève sa veste, se positionne sur sa chaise, pose ses coudes sur la table, se redresse et réagit : « Vas y, vas y le 20 ! » Catherine s’écrie : « Allez Pousse bébé ! Pousse ! Allez commandeur ! Allez ! Allez ! Allez ! Pousse ! Pousse ! Pousse ! On dirait une sage-femme aidant à l’accouchement.

Arrivée : 19. 4. 3. 8. 2. Catherine a perdu, Philippe aussi. Mais l’après-midi n’est pas terminée. En attendant les prochaines courses, ils parlent de leur quotidien, des élections présidentielles. Dans ce café, on se moque bien des 28° qu’il fait à l’extérieur. C’est un petit village où chacun a besoin de reconnaissance. Lucy 75 ans, retraitée d’une toute petite pension, vit seule dans son studio du 18ème arrondissement. Elle vient « au Commerce » pour y trouver chaleur humaine. Les gagnants lui donnent toujours une pièce ou deux. Catherine est plus généreuse. Si elle remporte un gain de 30 euros, elle en donne 10.

« Les personnes âgées sont très respectées ici » signale Catherine « C’est dû au tempérament kabyle de Samy, d’ Elias et de leur oncle. Généreux, sensibles, démonstratifs, ils se mettent au même niveau que leurs clients ». Sur une ardoise accrochée à l’entrée de la salle, ces mots : « Café au jeu, 2 €. Merci ». Catherine prend un seul café de 15h à 18h00. « Ici, cela ne dérange pas. Ailleurs, il faudrait renouveler la consommation toutes les heures, sinon on nous regarde de travers » conclut-elle.

« Au Commerce » , les habitués ne vont jamais ailleurs !

LES MILLE ET UNE CULTURES DE MÔ, LE MELOMANE

Déjà la nostalgie… Pour retrouver l’émotion du festival de Constantine en Algérie du 7 au 12 avril dernier, Mô le flûtiste organise ce soir, chez lui, une « gaâda », veillée en arabe. Amis et musiciens vont y découvrir la vidéo du concert.

Karim Kaïssa, sa guitare posée tout près de lui avec ses cheveux mi-longs et bouclés n’a rien d’un berbère traditionnel marocain. Il fait plutôt penser à un gitan andalou comme Tomatito ou Paco de Lucia, dont il s’inspire. Abdesslem Gherbi, le percussionniste dijonnais a apporté son « gumbri », (instrument à 3 cordes qui sert de basse), joué par les « gnawas » (confréries sacrée d’afrique noire installée dans le sud du Maghreb depuis le XIème siècle). Ibrahima Gueye, le doyen « wolof », tribut sénégalaise, l’âme rythmique du groupe, retrouve son sabbar (percussions sénégalaises) et les fait « sonner » à l’aide de sa main et de sa baguette. Mô, le flûtiste compositeur / arrangeur, le « nefs » enchanteur, littéralement : l’âme/le souffle du groupe déroule la vidéo…

Myriam l’attachée de presse, présente l’équipe des « quatre » à la manière d’une conteuse : « Nous sommes très heureux d’ouvrir le 5ème festival DimaJazz, avec NEFS QUARTET. Un « quartet » né de l’envie de Mohamed Beddiar, jeune flûtiste franco-algérien. Nourri d’influences caraï-beenne, brésilienne, espagnole, et africaine, il a grandi et vécu à Paris.… » Elle raconte les voyages, les longs séjours en Guadeloupe et en Espagne, les rencontres déterminantes avec des musiciens de renommée comme Roger Despland et Jorge Pardo. « …Mô a beaucoup travaillé, il a complété son savoir faire en se formant dans des écoles de Jazz à Paris : Américan School et I.A.C.P***…»

Ses rencontres « enchantées » le transporte à bord d’une machine à remonter le temps Voyageant à travers des cultures initiatiques ancestrales de musiques « Peul » (tribut africaine) « Gnawa » et « Wolof ». Mô et sa formation transmettent la magie. Flûte et guitare… la mélodie remplit l’espace, laisse place à une mosaïque de couleurs sonores aux rythmes lents d’une « Granaïna » traditionnelle flamenco. Le duo se transforme en trio avec Abdesslem Gherbi.

Le « quartet » est au complet avec Ibrahima Gueye, le quatrième « souffle ». De vrais sorciers ! L’âme du public est captivée par leur sortilège. Le souffle des auditeurs est suspendu, en symbiose avec Nefs QUARTET pendant une heure… Voyage méditatif au centre de contrés lointaines. La vidéo s’achève. L’équipe reste émue.

Ce musicien du XXIème siècle, poursuit sa quête et puise tout un patrimoine ancestral humanitaire pour se construire authentiquement par… L‘expérience complète.

L’AFFAIRE MUMIA ABU-JAMAL : COUPABLE, CONSPIRATION OU ERREUR DE JUGEMENT ?

Marika El Haki le 19 août 2008 :

La Cour d’appel fédéral américaine de Philadelphie, délibérant depuis le 17 mai 2007, à propos de « l’affaire Abu-Jamal » a enfin prononcé son verdict final, vendredi 28 mars 2009, après une attente interminable qui a duré plus de 10 mois. Mumia Abu-Jamal, célèbre journaliste afro-américain, engagé, connu pour être le plus vieux condamné à mort depuis son jugement en 1982, pour le meurtre d’un policier blanc. Les doutes qui pèsent sur sa culpabilité d’assassinat n’ont pas été levées ce 28 mars. Même si l’on peut se réjouir que l’ordonnance d’exécution par injection létale n’ait pas été prononcée et qu’il sort enfin du couloir de la mort, il n’en demeure pas moins que la révision de son procès ne lui a pas été accordée. Pire, sa culpabilité dans ce meurtre est confirmée. C’est sur un vice de procédure que sa peine de mort se voit commuée en peine à perpétuité.

Mise à jour le 11 oct. 2015

« Mumia Abu Djamal se trouve aujourd’hui entre la vie et la mort :

« Depuis le printemps, l’état de santé de Mumia s’est aggravé, d’abord avec une crise aiguë d’eczéma et de diabète, ce qui lui vaudra en mai dernier d’être hospitalisé, et enchaîné à son lit. Ainsi va la justice quand elle rime avec vengeance. Mumia a perdu 40 kilos. Les médecins ont maintenant diagnostiqué une hépatite C. Or, en Pennsylvanie, on refuse de soigner les prisonniers affectés par cette maladie. Ils sont des milliers dans le cas de Mumia Abu-Jamal. Le remède contre l’hépatite C existe… »
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DIALOGUE INTERRELIGIEUX, UN GUIDE POUR LES MUSULMANS

Présentation du Livre :

 » INTERFAITH DIALOGUE A Guide for Muslims »

Edition anglaise : The Internationnal Institute of Islamic Though (IIIT)

Auteurs : Mohammad Shafiq et Mohammed Abu Nimer                                                                                       

 

1-  Biographies des auteurs :

 

Mohammed Abu-Nimer est un éminent expert du dialogue arabo-juif et de la paix en zone de conflit. Entre autres compétences d’importance, il est Directeur de l’Institut de la Paix et du Développement à l’Université américaine. Il a eu plusieurs prix pour la Paix. Publication : Plusieurs livres dont : Dialogue Interconfessionnel au Moyen-Orient.

Mohammad Shafiq est le Directeur Général du Centre d’Etude pour le dialogue interreligieux au Collège de Nazareth, à Rochester, New York. Il est Imam et participe activement dans plusieurs forums interconfessionnels. Publication : plus de 40 articles et plusieurs livres sur le dialogue interreligieux. « The Growth of Islamic Thought in North America » (amana, 1994).

2-  Présentation de l’oeuvre :

 

Rédigé par Muhammad Shafiq et Mohammed Abu-Nimer, ce livre a vu le jour dans le cadre d’un grand projet impliquant de très importantes Organisations interreligieuses telles qu’ILDC et Salam. Ces derniers ont organisé plusieurs réunions entre les principaux érudits musulmans et les chefs religieux pour aider à élaborer ce Guide. C’est une approche islamique dont l’objectif est une meilleure communication interconfessionnelle. Les auteurs exposent les problèmes éthiques et pratiques prudentes –en accord avec de nombreux versets coraniques- dont la plus importante directive coranique en la matière est « de discuter avec eux de la plus belle façon » (16 :125).  

 

 

A- LA RESURGENCE DU DIALOGUE INTERCONFESSIONNEL : Les musulmans, aux yeux des Occidentaux, portent l’image d’ennemis des autres religions. Les croisades, la Renaissance et les Orientalistes du 19è s. furent préjudiciables aux musulmans. Des mouvements de Libération et l’anticolonialisme se sont crées dans certains pays, surtout en Palestine, après la 2nd Guerre Mondiale. Les films hollywoodiens ont véhiculé une vision contraire à la vraie nature de l’Islam : Moïse et Jésus ont utilisé la lumière de la raison pour sauver les âmes alors que Mohammed a prêché avec l’épée et converti avec force. En sus, le 11 septembre, a provoqué une multitude de questions à propos de son message de paix. Cette date reste une épreuve pour les musulmans. Les arabes ont subit toutes sortes d’humiliations.  

 

B- LES OBJECTIONS DES MUSULMANS AU DIALOGUE : Certains musulmans s’opposent à toute participation par peur de créer une nouvelle religion. Ils sont sûrs que les rituels et prières communs sont une innovation. Pourtant le Coran dit que la beauté de l’humanité c’est la pluralité des communautés, sinon Dieu nous aurait formés d’une seule nation (10:99 et 5:48). D’autres pensent que ce dialogue est un appel à la conversion à l’Islam. Cela est faux. Les autres confessions seraient sur la défensive. Il n’y a pas de polémique dans ce dialogue moderne qui ne cherche nullement à créer une nouvelle religion ou l’abandon des piliers de l’Islam. Les Imams pourraient l’enseigner et ainsi réapprendre l’art de l’écoute, comprendre leurs similitudes et leurs différences à travers des discussions théologiques et philosophiques, évaluer la spiritualité des autres peuples par l’enseignement de leur histoire et travailler ensemble, avec un projet commun en relation avec la justice et l’aide humanitaire…

                                                                                           

C- REPONSE A L’OECUMENISME : HISTOIRE D’UN DIALOGUE : En 1910, a eu lieu la toute 1ère Conférence Mondiale des Missionnaires Chrétiens. Ce fut un échec en raison de leur supériorité envers les autres religions. Après la 2nd Guerre Mondiale, leurs efforts, divisés, restaient désastreux. Les Eglises y remédient en créant le Conseil Mondial des Eglises (WCC). En élaborant des stratégies actives pour travailler humainement avec les non Chrétiens, le WCC organise deux autres Conférences Mondiales, en 1961 et en 1967. Le Pape Jean XXIII, en 1962 met en place Vatican II. Ce qui aura pour finalité l’œcuménisme. Des échanges intra-religieux et interreligieux sur « le Patrimoine spirituel » débutent avec les Juifs et se poursuivent avec les Musulmans qui « croient en Un Dieu Unique et honorent tous les prophètes ». L’Indouisme est perçue, dorénavant, comme une religion à travers laquelle « Hommes et Femmes contemplent le mystère Divin » et le Bouddhisme « qui reconnait ses limites au Monde en mouvement ». L’œcuménisme est une étape majeure. Elle encourage la spiritualité et les vérités morales. Les musulmans pourraient en faire autant en se basant sur sa propre histoire qui n’est pas étrangère à ce type de dialogue. A l’instar de la communauté musulmane de Rochester de New York, ils y participeraient activement, créeraient un pont avec les autres communautés religieuses et protégeraient ainsi tous les musulmans des environs.

 

D- LES ARGUMENTS DES OPPOSANTS : Les opposants utilisent certains versets du Coran pour appuyer leurs arguments alors qu’au contraire le Coran et les Hadith confirment le dialogue entre musulmans et non musulmans. Se servant du verset (2 :120), ils condamnent tout dialogue. Heureusement, une approche scientifique de l’Histoire, révèle le contexte de ce verset : Dieu a demandé aux musulmans qui priaient vers Jérusalem, de prier dorénavant vers la Mecque. C’est dans ce seul cas que Dieu a dit que les Juifs et les Chrétiens en ce temps, ne seraient satisfaits jusqu’à ce que le prophète ne rallie leur croyance. Ce verset ne dit pas de rompre tout lien avec eux, mais les informe qu’une entente absolue est impossible. Par une mauvaise compréhension, les Musulmans accusent ces activités interreligieuses de tenter une expansion de la politique occidentale et d’éradiquer l’Islam. Cette crainte est justifiée du manque de confiance et d’endurance spirituelle. Ces déficiences proviennent d’absence d’opportunités de présenter l’Islam.

 

E- LES ARGUMENTS DES AUTEURS / INVITATION AU DIALOGUE                  

Avec le verset 3:110, le Coran appelle la communauté musulmane à devenir individuellement ou ensemble, « la meilleure communauté ». Beaucoup de Musulmans disent que le dialogue interreligieux est une possibilité que s’amenuise le devenir de « la meilleure communauté ». Ils oublient que le prophète s’est engagé lui-même par l’apport du dialogue. Le respect des « gens du Livre » n’est nullement de les aimer ou d’adorer leur religion dans le sens de devenir un seul avec les autres. Cette méthodologie du dialogue force d’elle-même les Musulmans à réexaminer et à reconfirmer leur propre identité religieuse. D’un coté plus optimiste, les communications avec l’occident et ses sociétés pluralistes peuvent apporter, individuellement, aux non Musulmans, la connaissance et la compréhension de l’Islam.  

 

MANUEL POUR LE DIALOGUE INTRA RELIGIEUX ET INTERRELIGIEUX. Si les différences entre des personnes de même confession où de confessions différentes sont naturelles, Mohammad Shafiq insiste sur le faite qu’il est plus difficile de mettre en place avec succès un dialogue entre les Musulmans de différentes doctrines que de mettre en place un dialogue interreligieux. Les musulmans restent divisés mais ne veulent pas le reconnaître, ce qui rend plus difficile le dialogue intra-religieux pour les leaders. En général, beaucoup d’imams ne sont pas entraînés aux règles et aux codes (adab) pour discuter dans ce type de dialogue. Les autres communautés religieuses ont depuis longtemps acquis l’expérience de l’engagement intra-religieux. Ils ont évolué en pratiquant la technique de ce dialogue et sont donc plus enclin à s’ouvrir et écouter les autres. Les auteurs illustrent plusieurs principes de directives coraniques décrites à la page 23 : des techniques de communications qui pourraient être enseignés en direction des musulmans comme être polis et s’éloigner de la haine, parler avec douceur, ne pas médire sur autrui ni des autres religions, proscrire la colère et être tout pardon, patient, équitable et respecter la dignité humaine.

Pour qu’un dialogue intra-religieux réussisse, les Musulmans ont intérêt à développer ces compétences fondamentales. Si pour les communautés vivant dans l’Ouest, le dialogue interreligieux devient une nécessité, le dialogue intra-religieux l’est encore plus. Elle garantit une meilleure cohérence entre Musulmans et apporte l’Unité surtout en ce qui concerne la solidarité musulmane. Une bonne organisation des Musulmans sera plus respectable et aura plus d’impact, lors des dialogues interreligieux, qu’une communauté désorganisée.

 

Les auteurs demandent aux leaders de ces rencontres d’avoir toujours en tête qu’ils sont, avant tout, les représentants de l’Islam et de son prophète qui enseigne une attitude positive. Leurs comportements doivent être le reflet des ces principes. Il est donc essentiel, pour fonder de bonnes bases, d’avoir une bonne éducation (adab) et de bonnes manières. Pour les aider, il existe un manuel, en dix commandements, du dialogue interreligieux publié par Léonard Swidler (Temple University, Département of Religion) dont les détailles peuvent être lus à la page 25. Le même type de manuel existe aussi du coté musulman, en cinq commandements, écrit par Isma’il R. Al-Faruqi (professeur de M.Shafiq et pionnier de ce type de dialogue).  

“AHL AL ‘ADL WA AL TAWHID” Les adeptes de la justice et de l’Unicité absolue

 

Irak

Irak

On ne peut étudier la pensée islamique sans avoir pris connaissance de la pensée Mu’tazilite. Cette école de pensée fut les prémices d’une pensée responsable, à l’origine de la première école théologique de l’Islam, le Kalam. Ce voyage dans le temps est capital pour tenter de comprendre l’évolution de la pensée musulmane depuis sa genèse. L’enjeu pour « ces hommes très pieux qui s’étaient retirés des plaisirs de la vie », était de poser le fondement d’un dogme islamique qui fait, aujourd’hui encore, couler beaucoup d’encre sur des interrogations contemporaines liées à la place de l’homme dans la création et de ses limites sur sa raison humaine.

Faut-il limiter la raison pour ne pas sombrer dans les passions (sous entendu, bas instincts) ? Ou faire le choix, comme l’ont fait les Mu’tazilites, à ne pas la limiter et prendre en compte toutes les données scientifiques de son époque, aux réflexions intellectuelles et pour l’interprétation du Coran ? La connaissance de Dieu pour « sonder » Sa volonté reste primordiale pour l’homme. Dieu dit : « Que s’ils ne peuvent te répondre, alors sache qu’ils ne font que suivre leur passions. Qui s’égare plus loin que ceux qui suivent leurs passions, sans nulle guidance de Dieu ?… » ; « Oui, Nous avons fait que les atteignît la parole, dans l’espoir qu’ils réfléchiraient. »[1]. Cette prise de conscience est d’autant plus justifiable qu’aujourd’hui deux civilisations, deux fonctionnements de pensée s’opposent. La pensée occidentale d’un côté, où la raison a pris le pas sur la civilisation islamique mais qui a aussi étouffé la spiritualité en substituant la raison humaine à Dieu ; Et le constat en l’état de la pensée islamique -décelant très tôt les dangers d’une raison à outrance- à tort ou à raison, s’est refermée, en réaction, sur son patrimoine. Ce renfermement a eu pour conséquence l’empêchement d’une pensée créatrice qui fait défaut dans la pensée moderne. Dieu nous dit pourtant : « Il n’est au pouvoir d’aucune âme de croire, si ce n’est sur licence de Dieu. Et Dieu jette l’opprobre sur ceux qui se refusent à la raison. »[2]

Génèse

 

[2] Coran X : 100

[3]Terme repris de Tabari, Chronique des Prophète et des rois, Trad. Hermann Zotemberg p. 801

[4] Murjites considèrent que l’homme n’est pas mécréant, même s’il fait un acte de désobéissance à Dieu. C’est l’amour de dieu qui prime. Les kharajites, plus extrêmes, considéraient que le fasiq est un mécréant

[5] Première école de théologie spéculative

[6] Contemporain de Thémistius IVème s.

[7] Abu’l’Hassan Al Ash’ari : citée plus bas. Fondateur de l’école ash’arites, pensée sunnite de l’orthodoxie musulmane.

[8] Dires du Prophète Mohammed (sws), tradition prophétique.

[9]Selon un Hadith Mutawatir narré par une multitude de personnes rapporté par Abu Houraya, « Jésus vivra 40 ans sur terre et qu’il mourra vers 77 ans »

[10] Sous-entendu les Mu’tazilites et les Ash’arites

[11] mort en 1228

[12]Ismaîl al Faruqi dans Al Tawhid, philosophie du monothéisme musulman, trad. J.L. Bour Ed. ITTT France, Paris,2006

[13] Imam al-Jouzia (m.1350) élève d’ibn Taymyyah, hanbalite

[14] 10ème khalife ‘abasside, règne en 847.

[15] L’Imâm Ahmad Ibn Hanbal, Né en 736, théologien, jurisconsulte et traditionnaliste musulman, une des 4 écoles sunnites porte son nom, l’école Hanbalite. Il fut persécuté et emprisonné pour s’être opposé aux Mu’tazilites.

[16] Ce concept du juste milieu est repris du Mu’tazilisme à ses origines.

[17] Sous Mamun (813-833), Mu’tassim (833-842) et Watiq (842-847)

[18] Sorate II : 124

SARKOZY : DE TOCQUEVILLE A LA RELIGION !

Marika El Haki

 

 

« Que faire d’un peuple maître de lui-même s’il n’est pas soumis à Dieu ? ». Ces mots, d’Alexis de  Tocqueville* -héritier du positivisme, mais partisan du rôle politique de la religion dans les sociétés démocratiques sécularisées-  placent ainsi au centre du débat, le vieux thème politico-religieux que nos précédents présidents n’auraient même pas osé mettre à l’ordre du jour, sans entacher la sacrée loi de la laïcité. Nicolas Sarkozy, lui, l’a fait !

Dans ses vœux aux Français, Nicolas Sarkozy s’est presque essoufflé sur le terme salvateur de « civilisation ». Dans l’article du Monde du 17 janvier, c’est le fondement même de la religion qu’il remet au goût du jour avançant que « Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux ». Le gage « d’espérance », dans la bouche de           N. Sarkozy, est le mentor de son élection à la place suprême de l’Etat laïc. Qu’il souhaite d’ailleurs ardemment « dépoussiérer » ! N’en déplaise à la majorité des Français, le Président parle à l’univers d’une « spiritualité des spiritualités » qui aurait sa place au niveau national et international, en particulier pour l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis.

La réflexion du sociologue, Alexis de Tocqueville, dans son Traité De la démocratie en Amérique, fait ressortir que la démocratie moderne passe par le fait religieux : « La religion n’est donc qu’une forme particulière de l’espérance et elle est

 

aussi naturelle au cœur humain que l’espérance elle-même. L’incrédulité est un accident… la religion tient à un des principes constitutifs de la nature humaine». L’Homme ne peut vivre sans la religion même si les révolutionnaires ont cherché des substituts existentiels aux questions qui angoissent l’Homme : « Ne cherchez pas à arracher aux hommes leurs anciennes opinions religieuses pour en substituer de nouvelles, de peur que dans le passage d’une foi à une autre, l’âme se trouvant brusquement un moment vide de croyances…». 

 

L’analyse tocquevillienne montre qu’aux Etats-Unis, au contraire de la France, le phénomène religieux fonctionne dans un système de démocratie à l’américaine. Si les croyances et pratiques restent limitées à «se tenir dans les bornes qui lui sont propres» elles libèrent l’être d’un certain nombre de questions essentielles en apportant des solutions. Celles-là demeurent une utilité sociale par le respect de l’individu avec la perspective de mœurs conservatrices. Quand le lien politique faiblit, le lien moral se resserre. La religion est un antidote, alors que l’égalitarisme à l’extrême engendre la dislocation du lien social. Tocqueville était sceptique face à une société basée sur le bien-être matériel sans limites. Cette société là va à sa perte.

 

Notre président de la république l’a bien compris. Il suffit d’observer comment sa campagne « d’ouverture » lui a permis d’introduire au centre des débats politiques : la création du CFCM, l’affaire du voile –allant jusqu’à s’entretenir avec le grand mufti d’Al-Azhar avant de se prononcer contre le voile-, sa réforme des abattoirs… Et l’établissement du ministère de l’Identité nationale qui -paradoxalement à l’image que ces termes véhiculent- aurait pu s’appeler « le ministère des religions ».

 

*A.de Tocqueville (1805/1859) : penseur politique,  Sociologue, historien. Source : De la démocratie en Amérique, religion et modernité politique (vol. I, p. 401, p. 403, vol. II, p. 32, vol. II, p. 182).